Parcours 4

Faire ensemble : coopérations, territoires et action publique​

Table ronde

Les dynamiques africaines de l’ESS en contexte d’Agenda 2063 et de territorialisation des ODD : défis et conditions pour un renforcement de l’ESS comme levier d’une transition juste et endogène

Moderation:

  • Malick DIOP, FORA’ESS – Forum Africain de l’ESS, GSEF, Sénégal
  • Sambou NDIAYE, Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal
  • Chiyoge B. SIFA, Lamevara Groupe, République démocratique du Congo

Intervenants :

  • Betty AMONGI AKENA, Ministry of Gender, Labour and Social Development, Ouganda
  • Conrad GBAGUIDI, Président du Conseil Économique et Social, Bénin
  • Saloua TAJRI, Ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’ESS, Maroc
  • Irène Marie Cécile MBOUKOU-KIMBATSA, Ministère des Affaires sociales, de la Solidarité et de l’Action humanitaire, République démocratique du Congo

Cette rencontre est l’une des cinq tables rondes consacrées aux dynamiques continentales organisées par le GSEF à l’occasion de BordeauxGSEF2025.

Du 1er au 6 mai 2023, Dakar accueillait le 6e Forum mondial de l’ESS du GSEF, premier organisé sur le continent africain, autour du thème « Économie sociale et solidaire et territoires : la transition de l’économie informelle vers des économies collectives et durables pour les territoires ». Réunissant plus de 5 000 participantes et participants issus d’une cinquantaine de pays, DakarGSEF2023 a constitué une étape importante dans la dynamique de reconnaissance et de structuration de l’ESS en Afrique.

Depuis, plusieurs dynamiques se développent en parallèle : évolution des cadres juridiques et institutionnels nationaux, structuration des réseaux d’acteurs, développement de politiques publiques dédiées et reconnaissance croissante de l’ESS à l’échelle continentale. La dynamique s’est notamment poursuivie avec le Forum Africain de l’ESS (FORA’ESS) et l’organisation, à Yaoundé en mai 2024, du premier Forum africain de l’ESS.

Dans le contexte de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, cette table ronde de haut niveau coorganisée par le FORA’ESS et le GSEF a réuni des représentants de l’Ouganda, du Bénin, du Maroc et de la République démocratique du Congo. Elle a permis de comparer les trajectoires nationales et d’interroger les conditions permettant à l’ESS de contribuer davantage au développement économique, à la protection sociale, à la réduction des inégalités et à la transition de l’économie informelle vers des formes d’organisation économique mieux reconnues et protégées.

Les principaux enseignements

1. Accompagner la transition de l’économie informelle par l’ESS

Le poids de l’économie informelle constitue un enjeu majeur dans plusieurs des pays représentés.

En Ouganda, selon les données présentées lors de la table ronde, environ 80 % des travailleurs actifs exerceraient dans l’économie informelle. Au Bénin, la structuration de ces activités constitue également un enjeu important des politiques de développement.

Les échanges ont présenté l’ESS comme l’une des voies permettant de mieux organiser et reconnaître des activités économiques déjà présentes dans les territoires. Les coopératives, groupements et autres formes d’organisation collective peuvent notamment contribuer à mutualiser les ressources, à renforcer les capacités économiques des travailleurs et à faciliter leur accès à certains dispositifs de financement et de protection sociale.

Cette transition suppose néanmoins de tenir compte des réalités et des formes d’organisation propres aux économies populaires plutôt que de considérer la formalisation comme une simple démarche administrative.

2. Articuler développement économique, inclusion et protection sociale

Les interventions ont également souligné la nécessité de rapprocher politiques économiques et politiques sociales.

Au Maroc, les échanges ont insisté sur l’importance de placer le capital humain au cœur des politiques de développement. En Ouganda, les politiques présentées accordent une attention particulière aux populations confrontées aux inégalités économiques et sociales.

En République démocratique du Congo, cette ambition a été résumée lors de la table ronde par la formule « protection pour tous et économie par tous », avec une attention particulière portée aux populations vulnérables.

Ces différentes approches témoignent d’une volonté de mobiliser l’ESS non seulement pour développer l’activité économique, mais également pour renforcer l’inclusion et élargir l’accès à la protection sociale.

3. Construire des cadres institutionnels adaptés aux réalités nationales

Les trajectoires présentées montrent que l’institutionnalisation de l’ESS avance selon des rythmes et des modalités différents d’un pays à l’autre.

Au Bénin, les réflexions portent notamment sur la construction d’un cadre législatif dédié, en s’appuyant sur les expériences déjà développées dans d’autres pays africains.

La République démocratique du Congo inscrit quant à elle ses réflexions dans une stratégie de développement de l’ESS à long terme, tout en cherchant à tirer parti des expériences menées ailleurs sur le continent.

Le Maroc dispose de plusieurs politiques et dispositifs consacrés à l’économie sociale et solidaire, tandis que l’Ouganda mobilise différents cadres institutionnels et programmes publics en faveur de l’inclusion économique et sociale.

Ces expériences montrent l’intérêt du partage entre États africains afin que chacun puisse construire des politiques adaptées à son propre contexte.

4. Ancrer les politiques de l’ESS dans les territoires

Les échanges ont également mis en évidence la dimension territoriale de l’ESS.

En République démocratique du Congo, les initiatives présentées cherchent notamment à structurer des réseaux d’acteurs et à renforcer l’inclusion socio-économique dans les différents territoires. En Ouganda, plusieurs dispositifs ciblent spécifiquement les populations rurales et les groupes rencontrant davantage de difficultés d’accès aux ressources économiques.

Au Bénin, les ambitions présentées associent également développement de l’ESS, structuration territoriale et contribution à l’économie nationale.

L’enjeu est ainsi d’articuler les stratégies nationales avec des mécanismes permettant aux acteurs locaux de participer à leur mise en œuvre.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. Faire évoluer les cadres juridiques et institutionnels de l’ESS

Plusieurs pays africains travaillent à renforcer la reconnaissance institutionnelle de l’Économie Sociale et Solidaire.

Au Bénin, les travaux présentés portent notamment sur l’élaboration d’un cadre législatif consacré à l’ESS, en s’intéressant aux expériences développées dans d’autres pays du continent, notamment au Sénégal.

En République démocratique du Congo, une stratégie de développement de l’ESS à dix ans a été évoquée. Cette planification doit permettre de structurer progressivement les politiques publiques et les dispositifs d’accompagnement.

Ces démarches illustrent l’intérêt des échanges d’expériences entre pays africains dans la construction des politiques nationales.

2. Inscrire l’ESS dans les stratégies économiques nationales

Au Maroc, l’ESS est intégrée à une vision de développement de long terme.

Les objectifs présentés lors de la table ronde à l’horizon 2035 visent notamment à porter la contribution de l’ESS à 8 % du PIB et à atteindre 500 000 emplois.

Au Bénin, les échanges ont également fait état d’une ambition visant à accroître la contribution de l’ESS à l’économie nationale.

Ces objectifs témoignent d’une évolution de la perception de l’ESS : au-delà de sa contribution sociale, les États cherchent également à mieux reconnaître son poids économique et son potentiel de création d’activités et d’emplois.

3. Mobiliser des financements publics pour favoriser l’inclusion

L’Ouganda a présenté plusieurs mécanismes publics destinés à soutenir les populations et secteurs rencontrant des difficultés d’accès au financement.

Les Financial Inclusion Interventions mobilisent des ressources provenant de différentes agences gouvernementales, notamment pour soutenir les agriculteurs dans le développement et la valorisation de leurs productions.

D’autres financements sont orientés vers les services sociaux essentiels, notamment la santé, l’éducation, l’enfance et le logement.

Ces dispositifs illustrent la possibilité d’articuler politiques de financement, développement économique et protection sociale.

4. Cibler les inégalités sociales et territoriales

En République démocratique du Congo, les échanges ont présenté un programme consacré à l’équité territoriale et sociale, accompagné de mécanismes destinés notamment aux familles en situation de pauvreté et aux jeunes sans emploi.

En Ouganda, les dispositifs présentés ciblent également les femmes, les personnes en situation de handicap et les populations vivant dans des territoires ruraux éloignés.

Ces expériences montrent l’importance de tenir compte des inégalités territoriales et sociales dans la conception des politiques de développement de l’ESS.

Les recommandations

1. Construire des parcours adaptés entre économie informelle et ESS

Cibles : États, collectivités territoriales, acteurs de l’ESS et organisations de l’économie informelle.

La reconnaissance des activités informelles ne peut reposer uniquement sur des obligations administratives ou réglementaires.

Recommandation : construire progressivement les dispositifs de formalisation avec les travailleurs et organisations concernés, en associant reconnaissance juridique, accompagnement, accès au financement, développement des compétences et protection sociale.

L’ESS peut constituer l’un des cadres permettant cette organisation collective, à condition de partir des réalités économiques et sociales propres aux territoires.

2. Articuler politiques de l’ESS et protection sociale

Cibles : États, ministères compétents, collectivités territoriales et institutions de protection sociale.

Les expériences présentées montrent que développement économique et protection sociale peuvent être pensés conjointement.

Recommandation : mieux articuler les stratégies nationales de l’ESS avec les politiques d’inclusion, d’emploi et de protection sociale, en accordant une attention particulière aux populations qui rencontrent le plus de difficultés d’accès aux ressources et aux droits.

3. Renforcer les financements et l’accompagnement des acteurs

Cibles : États, institutions financières, partenaires de développement et réseaux de l’ESS.

L’accès aux ressources financières constitue un enjeu important pour les coopératives, les groupements communautaires, les petits producteurs et les entrepreneurs.

Recommandation : développer des mécanismes de financement adaptés aux réalités des acteurs de l’ESS et les associer à des dispositifs de formation, d’accompagnement et de renforcement des capacités.

Une attention particulière peut être accordée aux femmes, aux jeunes, aux personnes en situation de handicap et aux acteurs des territoires ruraux.

4. Renforcer la coopération africaine autour des politiques de l’ESS

Cibles : États africains, Union africaine, FORA’ESS, gouvernements locaux et réseaux de l’ESS.

Les différentes trajectoires nationales constituent autant d’expériences susceptibles d’alimenter les politiques développées ailleurs sur le continent.

Recommandation : renforcer les espaces africains de dialogue, de partage d’expériences et de co-construction autour des cadres juridiques, des stratégies nationales, des mécanismes de financement et des politiques territoriales de l’ESS.

Cette coopération peut contribuer à consolider une dynamique africaine de l’ESS ancrée dans les réalités, les pratiques et les formes de solidarité propres aux différents territoires du continent.

Key words

Économie Sociale et Solidaire · Afrique · Économie informelle · Protection sociale · Politiques publiques · Inclusion économique · Équité territoriale · Coopération africaine

Pour aller plus loin

Ministry of Gender, Labour and Social Development – Ouganda : https://mglsd.go.ug/

Conseil Économique et Social – Bénin : https://presidence.bj/home/les-institutions/le-conseil-economique-social/

Ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’ESS – Maroc : https://mtaess.gov.ma/fr/

Ministère des Affaires sociales, de la Solidarité et de l’Action humanitaire – République démocratique du Congo : https://minas.gouv.cd/

Composition of the Scientific Committee:

chaired by Timothée Duverger, Doctor of History and lecturer at Sciences Po Bordeaux, where he heads the TerrESS chair.

National researchers

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

International researchers

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Québec – Canada
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC Spain
  • Cheikh Gueye – Think Tank Network - Senegal
  • Marguerite MendellKarl Polanyi – Québec – Canada – Institute member of the Advisory GSEF committee
  • Sybille Mertens – EMES – Belgium
  • Leandro Morais - University of Sao Paulo (UNESP) –  Brazil - member of the Advisory GSEF GSEF
  • Amadou Ndiaye – French-speaking network of the SSE City of Dakar and Amadou-Mahtar-M'Bow University – Senegal 
  • Sambou Ndiaye – Saint Louis GB University – Senegal – Chairman of the Dakar GSEF2023 Scientific Committee 
  • Ilcheong Yi – UNRISD – Switzerland

National players

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier SSE France
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

International players

  • Bérénice Alcade Castro – INAES – Mexico – Continental Co-Chair GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Ivory Coast – GSEF Africa Youth Pole
  • Alain Coheur – International Forum SSE - Belgium
  • Malick Diop – Platform of Non-State Actors Senegal – Continental Co-Chair GSEF
  • Laurence Kwark – GSEF Advisory Committee – South Korea
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE – Senegal – member of the GSEF advisory committee
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canada – Continental Co-Chair GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Quebec – Canada
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – Spain
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Belgium
  • Denis Stokkink – Consultant – Belgium