Parcours 1

Financer la transition : quels outils pour soutenir l’ESS ?

Table ronde

Changer d’échelle : leviers financiers pour accélérer le développement de l’ESS

Moderation:

  • Dominique LESAFFRE, GSEF Advisory Committee, France

Intervenants :

  • Erik Martial BROUKA, ACCESS Solidarité, République Centrafricaine
  • Jacques CHAREST et Philippe GARANT, Fiducie du Chantier de l’Économie Sociale, Canada
  • Jinkyung CHOI, SVS Foundation, GSEF Advisory Committee, Corée du Sud
  • Déborah CHERRUAULT et David OSPITAL, Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes, France

Cette table ronde portait sur le financement de l’ESS et sur les solutions permettant de rendre ce financement plus accessible et plus massif pour les territoires, mais aussi plus attractif pour les investisseurs. L’enjeu principal est double : d’un côté, permettre aux structures de l’ESS d’accéder à des capitaux suffisants pour se développer ; de l’autre, orienter les investisseurs vers des projets ayant un impact social, environnemental et territorial concret.

Cette réflexion s’appuie sur plusieurs expériences présentées lors de la table ronde, notamment celles d’ACCESS Solidarité en République centrafricaine, de la Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes en France, de la Fiducie du Chantier de l’Économie Sociale au Canada ainsi que de la SVS Foundation en Corée du Sud. Elles illustrent différentes stratégies de financement et de développement de l’Économie Sociale et Solidaire à travers le monde.

Les principaux enseignements

1. Redéfinir l’investissement : de la rentabilité financière à l’impact global

Le paradigme traditionnel du financement est en pleine mutation. Aujourd’hui, l’investissement ne peut plus se limiter à une simple recherche de rendement économique immédiat : il doit désormais intégrer des critères environnementaux et sociétaux stricts. Cette évolution transforme la nature même de l’acte d’investir, qui s’affirme comme un véritable outil d’engagement.

Cette transition est largement favorisée par l’évolution de la posture des investisseurs eux-mêmes. Ces derniers se montrent de plus en plus disposés à évaluer l’impact réel et concret d’un projet sur la société et l’environnement, acceptant de détacher leur regard de la seule performance financière à court terme pour embrasser une vision plus globale et durable.

2. Institutionnaliser et ancrer territorialement la finance à impact

Pour que cette nouvelle vision de la finance se concrétise, elle doit s’appuyer sur des structures solides et des dynamiques de proximité. D’une part, plusieurs dispositifs d’investissement font déjà la preuve de leur efficacité en devenant de véritables outils de confiance, créant un pont solide entre le monde de la finance, les réalités d’un territoire et les bénéficiaires finaux des projets.

D’autre part, le succès de cette démarche repose sur un besoin d’institutionnalisation globale. La structuration d’institutions financières spécifiquement dédiées au déploiement de l’ESS s’avère indispensable. Ce besoin de structuration est universel : il concerne tout autant les pays en développement que les économies développées, comme en témoigne l’exemple de la Corée du Sud.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. L’impulsion étatique : l’État comme déclencheur de confiance

Le développement de l’ESS nécessite souvent l’intervention de l’État pour crédibiliser le secteur face à des investisseurs encore réticents. Au Canada, face au manque de capital à long terme en 2002, l’État québécois a choisi de financer la Fiducie du Chantier de l’Économie Sociale sans exiger de rendement immédiat. Cet engagement public a rassuré et attiré les investisseurs privés.

De même, en Corée du Sud, pour répondre au chômage après la crise des années 2000, le gouvernement a adopté une loi de promotion en 2018. Cela a permis de structurer le secteur et de créer la SVS Foundation en 2019, qui agit depuis comme un intermédiaire financier incontournable.

2. L’ancrage territorial : l’épargne locale au service des régions

Pour réussir, le financement de l’ESS doit s’appuyer sur des outils de proximité qui connectent l’épargne citoyenne aux projets locaux. En France, la Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes, premier financeur de l’ESS, incarne ce modèle.

Grâce à des dispositifs comme le livret « Transition Territoire », elle permet de flécher l’épargne locale exclusivement vers les transitions de la région Nouvelle-Aquitaine. Ce mécanisme, renforcé par un investissement régional de 20 millions d’euros, démontre que la création de fonds régionaux est une méthode efficace pour structurer l’investissement à l’échelle locale.

3. Les flux internationaux : canaliser la diaspora vers le terrain

Enfin, le financement de l’ESS repose sur l’agilité technique nécessaire pour capter des ressources lointaines et les injecter rapidement dans l’économie locale. C’est le défi relevé par l’ONG ACCESS Solidarité en République centrafricaine.

Pour transformer l’argent envoyé par la diaspora, notamment depuis l’Europe et l’Amérique, en un véritable financement participatif pour la jeunesse, une solution bancaire innovante a été déployée. Grâce à un processus d’acheminement activable en 24 heures, les transactions importantes deviennent rapides et sécurisées, permettant aux ressources de la diaspora de financer directement l’ESS sur le territoire.

Les recommandations

1. Institutions financières : simplifier l’accès et valoriser les réussites

La première cible de ces recommandations concerne les banques, les fonds d’investissement et les institutions financières, qui doivent repenser leur offre pour démocratiser l’accès à l’Économie Sociale et Solidaire. Il leur est demandé de concevoir des produits financiers lisibles, sécurisés et performants, capables de rivaliser avec les placements traditionnels.

Pour attirer les capitaux privés, ces institutions doivent également endosser un rôle de communication en mettant en lumière les réalisations concrètes de l’ESS, démontrant ainsi que l’impact social est compatible avec la viabilité économique.

2. Citoyens-épargnants : mobiliser l’épargne populaire pour les territoires

La deuxième cible vise les particuliers et les adeptes de la finance éthique, invités à devenir des acteurs engagés de la transition à travers leurs choix de placement. L’objectif est d’inciter ces épargnants à flécher activement leur argent vers des projets d’intérêt collectif, favorisant ainsi le développement durable de leur propre bassin de vie.

Le livret « Transition Territoire » de la Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes illustre cette démarche, en offrant aux citoyens la garantie que chaque euro déposé est exclusivement utilisé pour transformer et soutenir leur région.

3. Dirigeants et investisseurs : transformer les critères de décision

La troisième et dernière cible s’adresse aux décideurs, chefs d’entreprise et investisseurs professionnels, qui détiennent le pouvoir d’orienter les grands flux de capitaux. La recommandation appelle à une évolution profonde de leurs pratiques, en les encourageant à intégrer systématiquement des critères environnementaux et sociaux dans leurs arbitrages.

En dépassant la seule recherche du profit financier à court terme pour adopter une vision intégrant des critères extra-financiers, ces acteurs peuvent s’assurer que les projets qu’ils soutiennent présentent une véritable utilité sociale et répondent aux urgences de notre époque.

Paroles d’intervenants

« Avec l’ESS, on est capable de savoir quel type d’organisation on finance, ce que ça change sur le territoire. Les investisseurs sentent qu’ils ont un impact, pas comme s’ils avaient investi dans un bitcoin. »

Philippe Garant — Fiducie du Chantier de l’Économie Sociale, Canada

« Depuis près de 20 ans, les réalisations des entreprises de l’ESS ont démontré qu’elles sont viables et capables de payer, elles deviennent donc des placements intéressants pour les investisseurs à la recherche d’impacts. »

Jacques Charest — Fiducie du Chantier de l’Économie Sociale, Canada

Key words

Financement participatif · Transition territoriale · Finance à impact · Finance responsable · Investissement à impact · ESS · Impact social · Développement territorial · Épargne solidaire · Financement durable · Québec · République centrafricaine · Corée du Sud · France

Pour aller plus loin

ACCESS Solidarité
https://www.helloasso.com/associations/access-solidarite

Fiducie du Chantier de l’Économie Sociale
https://fiducieduchantier.qc.ca/

Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes
https://www.caisse-epargne.fr/aquitaine-poitou-charentes/

SVS Foundation
https://svsfund.org/

Composition of the Scientific Committee:

chaired by Timothée Duverger, Doctor of History and lecturer at Sciences Po Bordeaux, where he heads the TerrESS chair.

National researchers

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

International researchers

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Québec – Canada
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC Spain
  • Cheikh Gueye – Think Tank Network - Senegal
  • Marguerite MendellKarl Polanyi – Québec – Canada – Institute member of the Advisory GSEF committee
  • Sybille Mertens – EMES – Belgium
  • Leandro Morais - University of Sao Paulo (UNESP) –  Brazil - member of the Advisory GSEF GSEF
  • Amadou Ndiaye – French-speaking network of the SSE City of Dakar and Amadou-Mahtar-M'Bow University – Senegal 
  • Sambou Ndiaye – Saint Louis GB University – Senegal – Chairman of the Dakar GSEF2023 Scientific Committee 
  • Ilcheong Yi – UNRISD – Switzerland

National players

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier SSE France
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

International players

  • Bérénice Alcade Castro – INAES – Mexico – Continental Co-Chair GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Ivory Coast – GSEF Africa Youth Pole
  • Alain Coheur – International Forum SSE - Belgium
  • Malick Diop – Platform of Non-State Actors Senegal – Continental Co-Chair GSEF
  • Laurence Kwark – GSEF Advisory Committee – South Korea
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE – Senegal – member of the GSEF advisory committee
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canada – Continental Co-Chair GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Quebec – Canada
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – Spain
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Belgium
  • Denis Stokkink – Consultant – Belgium