Parcours 5
Développer le pouvoir d’agir : l’autonomie pour tous
Table ronde
L'ESS, une solution pour l’autonomisation économique des femmes
Modération :
- Francesca PETRELLA, Réseau EMES, Université d’Aix-Marseille, France
Intervenants :
- Mylène NOUBI TCHATCHOUA, Femmes leaders pour le développement, Cameroun
- Nicolas MEGELAS, Bénin ESS Tour, Bénin
Cette table ronde a abordé un enjeu central : l’autonomisation économique des femmes et le rôle que peut jouer l’Économie Sociale et Solidaire pour la renforcer.
Les interventions de Mylène NOUBI TCHATCHOUA, présidente de Femmes leaders pour le développement au Cameroun, et de Nicolas MEGELAS, Bénin ESS Tour, ont permis d’aborder cette question à partir de deux perspectives complémentaires. La première met en lumière les liens entre dépendance économique et violences conjugales et l’importance de donner aux femmes les moyens matériels de construire leur autonomie. La seconde analyse le rôle des coopératives dans l’accès aux ressources productives, l’amélioration des revenus et la participation des femmes aux décisions.
Les échanges montrent ainsi que l’autonomisation économique ne se limite pas à l’accès à un revenu : elle suppose également de pouvoir accéder aux ressources, exercer un pouvoir de décision et participer pleinement à la vie économique et sociale.
Les principaux enseignements
1. L’autonomisation économique comme levier d’émancipation
Disposer de ressources économiques propres permet aux femmes de renforcer leur indépendance et leur capacité à prendre des décisions concernant leur vie.
Cette autonomie revêt une importance particulière pour les femmes confrontées à des violences conjugales. L’absence de ressources ou d’alternatives économiques peut en effet rendre plus difficile la possibilité de quitter une situation de violence.
L’accès à une activité, à un revenu et à des ressources propres constitue ainsi l’une des dimensions essentielles de l’émancipation économique et sociale.
2. La dépendance économique peut renforcer les situations de vulnérabilité
L’intervention de Mylène NOUBI TCHATCHOUA a particulièrement insisté sur les liens entre dépendance économique et violences faites aux femmes.
Lorsqu’une femme ne dispose pas de ressources propres, d’un logement alternatif ou de possibilités d’insertion professionnelle, sa marge de manœuvre face à une situation de violence peut être considérablement réduite.
L’autonomisation économique doit donc s’articuler avec d’autres formes d’accompagnement, notamment psychologique, juridique et social.
3. L’accès aux actifs productifs est déterminant
L’autonomie économique ne dépend pas uniquement du revenu. Elle suppose également que les femmes puissent posséder ou contrôler des actifs productifs, tels que la terre, le capital ou les équipements nécessaires à leur activité.
L’accès à ces ressources peut renforcer leur capacité de décision au sein du foyer, mais aussi leur position dans les organisations économiques et dans leur communauté.
Les expériences présentées au Bénin montrent à ce titre l’intérêt des formes d’organisation collective et coopérative.
4. Les coopératives peuvent renforcer le pouvoir économique des femmes
Les coopératives peuvent faciliter l’accès collectif aux équipements, aux ressources et aux opportunités économiques.
L’expérience des Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (CUMA) présentée lors de la table ronde montre notamment des évolutions concernant l’accès des femmes à la propriété foncière, aux équipements et aux revenus.
Les échanges ont toutefois également montré que les progrès économiques ne se traduisent pas automatiquement par une participation équivalente aux espaces de décision communautaires ou politiques. L’autonomisation économique doit donc s’accompagner d’un travail sur la représentation et la gouvernance.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Accompagner les femmes confrontées aux violences
Mylène NOUBI TCHATCHOUA, présidente de Femmes leaders pour le développement, a présenté l’action menée au Cameroun auprès de femmes confrontées aux violences conjugales.
Son intervention a notamment souligné la manière dont la dépendance économique peut limiter la capacité des femmes à quitter une situation de violence.
L’association développe une approche combinant plusieurs formes d’accompagnement : soutien psychologique, mise à l’abri, assistance juridique, formation et financement de projets économiques.
L’objectif est ainsi d’agir simultanément sur la protection immédiate des femmes et sur leur capacité à reconstruire progressivement une autonomie économique.
2. Mesurer concrètement l’autonomisation économique
Nicolas MEGELAS, Bénin ESS Tour, a proposé d’aborder l’autonomisation économique à partir de la capacité des femmes à agir, prendre des décisions et contrôler des actifs productifs.
Cette approche permet de dépasser une évaluation reposant uniquement sur le niveau de revenu pour observer également l’évolution du pouvoir de décision des femmes, au sein du foyer comme dans leur environnement économique et social.
Elle offre ainsi une grille d’analyse permettant d’évaluer plus précisément les effets des projets et des politiques destinés à renforcer l’autonomisation économique.
3. Les CUMA comme outil d’accès aux ressources productives
Une étude présentée sur les Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (CUMA) au Bénin a permis d’illustrer les effets de l’organisation coopérative sur la situation économique des femmes.
Selon les résultats présentés lors de la table ronde, les femmes membres de ces coopératives bénéficient d’un meilleur accès aux équipements et aux revenus et sont davantage associées aux décisions familiales. Des évolutions ont également été observées concernant leur accès à la propriété foncière.
L’étude souligne cependant une limite : cette progression au sein du foyer et de l’activité économique ne se traduit pas nécessairement par une reconnaissance équivalente dans les espaces de décision communautaires.
Les recommandations
1. Renforcer l’accès des femmes aux actifs productifs
Cibles : pouvoirs publics, institutions financières, coopératives et organisations de développement rural.
L’accès à un revenu ne suffit pas à garantir une autonomie économique durable.
Recommandation : développer des dispositifs facilitant l’accès des femmes à la terre, au crédit et aux équipements productifs afin qu’elles puissent exercer un contrôle plus important sur leur activité économique et les ressources qu’elle génère.
2. Renforcer la participation des femmes aux instances de décision
Cibles : coopératives, autorités locales et organisations communautaires.
Les progrès économiques doivent pouvoir s’accompagner d’un renforcement du pouvoir de décision.
Recommandation : favoriser la participation effective des femmes aux organes de gouvernance des coopératives et aux espaces de décision communautaires afin que leur autonomisation économique se traduise également par une meilleure représentation.
3. Mieux mesurer les différentes dimensions de l’autonomisation
Cibles : chercheurs, organisations de l’ESS, ONG, institutions publiques et bailleurs.
L’évaluation des programmes ne doit pas se limiter au nombre d’activités créées ou à l’évolution des revenus.
Recommandation : développer des outils permettant également de mesurer l’accès et le contrôle des ressources, le pouvoir de décision, la participation à la gouvernance et l’évolution de la position des femmes au sein du foyer et de la communauté.
4. Intégrer des espaces d’information et de dialogue au sein des coopératives
Cibles : responsables de CUMA, organisations locales et acteurs de la santé communautaire.
Les coopératives peuvent également constituer des espaces permettant d’aborder des enjeux sociaux qui influencent directement l’autonomie des femmes.
Recommandation : développer, lorsque cela répond aux besoins exprimés par les membres, des espaces de discussion et de sensibilisation, notamment autour du planning familial, afin de favoriser l’échange d’expériences et l’accès à l’information.
Paroles d’intervenants
« L’autonomisation économique des femmes est un pilier central et urgent dans ce combat contre les violences faites aux femmes, parce qu’une femme qui peut subvenir à ses besoins, c’est une femme qui peut partir. »
Mylène NOUBI TCHATCHOUA, Femmes leaders pour le développement, Cameroun
« Dans cette lutte pour la dignité, les associations féminines jouent un rôle central car, malgré les moyens limités, elles font bouger les lignes, même lorsque l’État est très absent. »
Mylène NOUBI TCHATCHOUA, Femmes leaders pour le développement, Cameroun
Mots-clés
Autonomisation économique des femmes · Violences faites aux femmes · Coopératives · Accès aux actifs productifs · Pouvoir de décision · Égalité de genre · CUMA
Pour aller plus loin
Réseau EMES : https://emes.net/
Femmes leaders pour le développement : https://aswomenleaders.org/
L’Envol : https://www.lenvolbj.org/
Article de Nicolas Megelas – Les coopératives et l’autonomisation économique des femmes en Afrique de l’Ouest : https://ceci.org/fr/blogue-des-volontaires/les-cooperatives-et-lautonomisation-economique-des-femmes-en-afrique-de-louest