Parcours 4
Faire ensemble : coopérations, territoires et action publique
Table ronde
La coalition internationale de l’ESS : la stabilité en période d’incertitude : comment l’ESS contribue-t-elle au maintien de la paix ?
Modération :
- Stéphane MONTUZET, GSEF, Chambre Régionale de l’ESS de Nouvelle-Aquitaine, France
- Marion POUZOULET, ESS Forum International, Centre Émile Durkheim, France
Intervenants :
- Silvia ROMANO, Mutualité Française, France
- Alain COHEUR, Solidaris Be, ESS Forum International, Belgique
- Giuseppe GUERINI, Cooperatives Europe, Confcooperative Federsolidarietà, Italie
- Pascal MICHARD, Aéma Groupe, France
- Aude SALDANA, GSEF, France
Face aux conflits, aux inégalités et aux tensions économiques, quel rôle l’Économie Sociale et Solidaire peut-elle jouer dans la construction de sociétés plus pacifiques ?
Cette table ronde a exploré la notion d’« économie de paix » à partir des expériences de mouvements mutualistes et coopératifs, d’acteurs de l’ESS et de réseaux internationaux. Les échanges ont interrogé les liens entre modèles économiques, justice sociale, démocratie et paix, en soulignant que celle-ci ne peut être envisagée indépendamment des conditions économiques et sociales dans lesquelles vivent les populations.
À travers les questions de santé, de gouvernance démocratique, de coopération ou encore de développement territorial, les intervenants ont ainsi défendu des modèles économiques accordant une place centrale à l’inclusion, à la solidarité et au dialogue.
Les principaux enseignements
1. Interroger les liens entre économie, inégalités et paix
Les échanges ont mis en évidence les liens qui peuvent exister entre tensions économiques, concurrence pour l’accès aux ressources, inégalités et conflits.
Dans cette perspective, plusieurs intervenants ont présenté l’ESS comme porteuse de principes susceptibles de contribuer à la construction de sociétés plus pacifiques : coopération plutôt que mise en concurrence systématique, partage des ressources, gouvernance démocratique et recherche de l’utilité sociale.
La notion d’« économie de paix » permet ainsi d’interroger la manière dont les choix économiques peuvent contribuer à réduire les inégalités et à renforcer la cohésion sociale.
2. Placer les valeurs démocratiques et sociales au cœur des modèles économiques
Les modèles mutualistes et coopératifs présentés pendant la table ronde illustrent une conception de l’activité économique qui ne repose pas uniquement sur la recherche d’une rentabilité financière à court terme.
Aéma Groupe a notamment mis en avant l’importance du choix d’un modèle fondé sur des valeurs de solidarité, d’inclusion et de gouvernance démocratique.
Dans le domaine de la santé, cette approche se traduit notamment par la volonté de garantir un accès aussi large que possible à des soins et à une couverture de qualité et abordables.
Au-delà des statuts, les échanges ont ainsi insisté sur la nécessité de traduire les principes de l’ESS dans les choix économiques et les modes de gouvernance.
3. Faire de la justice sociale une condition de la paix
Les interventions consacrées à la santé ont particulièrement mis en évidence le lien entre justice sociale et paix.
Les inégalités d’accès aux droits fondamentaux peuvent alimenter les divisions et fragiliser la cohésion des sociétés. À l’inverse, des systèmes fondés sur la solidarité et l’inclusion peuvent contribuer à réduire certaines de ces tensions.
Le mouvement mutualiste défend dans cette perspective l’accès à des soins de santé de qualité et abordables ainsi que des mécanismes de solidarité permettant de limiter les exclusions liées aux situations économiques ou sociales.
4. Construire la paix à partir des territoires et du dialogue
Le GSEF a apporté une perspective complémentaire en insistant sur le rôle des territoires et des gouvernements locaux.
Les collectivités constituent des espaces privilégiés pour organiser le dialogue entre pouvoirs publics, acteurs de l’ESS et citoyens et pour construire des réponses adaptées aux réalités sociales, économiques et culturelles de chaque territoire.
Cette articulation entre action locale et coopération internationale permet également de mettre en réseau les expériences et de porter collectivement les enjeux de justice sociale dans les espaces internationaux.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Porter la notion d’« économie de paix » dans les réseaux internationaux
Les échanges ont présenté les travaux menés au sein des réseaux mutualistes et de l’ESS autour des liens entre économie, justice sociale et paix.
L’Association Internationale de la Mutualité (AIM) contribue notamment à porter ces enjeux à l’échelle internationale à travers son plaidoyer en faveur de systèmes de protection sociale solidaires et d’un accès universel à des soins de santé de qualité.
Les réflexions présentées par Cooperatives Europe ont également mis en avant le rôle de la coopération et de la propriété collective pour construire des modèles économiques reposant davantage sur le partage des ressources et la capacité d’action collective.
2. Le modèle mutualiste au service de la solidarité
À travers les expériences de la Mutualité Française, de Solidaris et d’Aéma Groupe, la table ronde a permis d’illustrer la manière dont les principes mutualistes peuvent être traduits dans des organisations économiques concrètes.
Ces modèles reposent notamment sur la solidarité entre leurs membres et sur des formes de gouvernance démocratique qui distinguent leur fonctionnement de celui d’entreprises fondées principalement sur la rémunération du capital.
Dans le domaine de la santé et de la protection sociale, ils contribuent notamment à défendre l’accessibilité et la qualité des couvertures proposées.
3. Articuler dialogue local et coopération internationale
Le GSEF développe une approche fondée sur la coopération entre gouvernements locaux et acteurs de la société civile engagés dans l’Économie Sociale et Solidaire.
À l’échelle territoriale, cette démarche vise à créer des espaces de dialogue permettant d’identifier les besoins et de construire des réponses adaptées aux réalités locales.
À l’échelle internationale, la mise en réseau de ces expériences permet de partager les pratiques et de porter collectivement des enjeux tels que la justice sociale, la réduction des inégalités et la contribution de l’ESS à la paix.
Les recommandations
1. Renforcer la justice sociale et l’accès aux droits fondamentaux
Cibles : États, systèmes de protection sociale, acteurs mutualistes et institutions internationales.
La construction de sociétés pacifiques suppose de réduire les inégalités et de prévenir les mécanismes d’exclusion.
Recommandation : renforcer les systèmes de solidarité permettant à toutes et tous d’accéder aux droits fondamentaux, notamment à des soins de santé de qualité et abordables, indépendamment de leur situation économique ou sociale.
2. Donner davantage de place à la coopération dans les modèles économiques
Cibles : pouvoirs publics, entreprises, coopératives, mutuelles et acteurs de l’ESS.
Les échanges ont invité à interroger des modèles économiques reposant principalement sur la concurrence et à renforcer les mécanismes de coopération et de partage.
Recommandation : soutenir des modèles économiques conciliant viabilité économique, gouvernance démocratique, coopération et utilité sociale.
L’objectif est notamment de mieux prendre en compte les conséquences sociales des décisions économiques et leur contribution à la réduction des inégalités.
3. Renforcer le dialogue entre gouvernements locaux et société civile
Cibles : gouvernements locaux, acteurs de l’ESS et organisations de la société civile.
L’échelle locale permet de rapprocher les décisions publiques des besoins exprimés par les habitants et les organisations du territoire.
Recommandation : renforcer les espaces de dialogue et de co-construction entre collectivités, citoyens et acteurs de l’ESS, tout en favorisant la mise en réseau internationale des expériences locales.
Cette articulation entre proximité et coopération internationale peut contribuer à faire de la justice sociale, de l’inclusion et du dialogue des dimensions à part entière des politiques en faveur de la paix.
Paroles d’intervenants
Silvia ROMANO, Mutualité Française
« On ne peut pas parler de paix durable sans le respect des valeurs démocratiques et de justice sociale. »
Giuseppe GUERINI, Cooperatives Europe, Confcooperative Federsolidarietà
« La paix est une volonté, il faut aller la chercher, il faut la désirer, on ne peut jamais considérer la paix comme acquise. »
Mots-clés
Économie de paix · Justice sociale · Gouvernance démocratique · Mutualisme · Coopérativisme · Protection sociale · Accès aux soins · Dialogue territorial
Pour aller plus loin
Aéma Groupe : https://www.aemagroupe.fr/
GSEF : https://www.gsef-net.org/fr
Solidaris : https://www.solidaris.be/
Cooperatives Europe : https://coopseurope.coop/
Association Internationale de la Mutualité (AIM) : https://www.aim-mutual.org/?lang=fr