Parcours 4
Faire ensemble : coopérations, territoires et action publique
Table ronde
De la création du RIFESS à la loi cadre Paul Singer au Brésil, quelles sont les évolutions majeures de l’ESS en Amérique Latine et Caraïbes ?
Modération :
- Leandro MORAIS, Universidade Estadual Paulista, GSEF Advisory Committee, Brésil
Intervenants :
- Arianna BURGOS, IEPS – Instituto Nacional de Economía Popular y Solidaria, Équateur
- Anderson CARDOSO, UNISOL Brasil – Central de Cooperativas e Empreendimentos Solidários, Brésil
- Matheus GAUCHO, Prefeitura Municipal de Maricá, Brésil
- Colombia PEREZ MUNOZ, INDESCO – Instituto de Economía Social y Cooperativismo, Universidad Cooperativa de Colombia, Colombie
- Elizabeth UGALDE MIRANDA, Ministerio del Desarrollo de las MIPYMES, Guatemala
Cette rencontre est l’une des cinq tables rondes consacrées aux dynamiques continentales organisées par le GSEF à l’occasion de BordeauxGSEF2025. Elle réunit des membres du GSEF engagés dans le développement de l’Économie Sociale et Solidaire en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Qu’elle soit qualifiée de populaire, communautaire ou solidaire, l’ESS recouvre dans la région une grande diversité de réalités économiques et sociales, portées par des communautés, des coopératives, des organisations de la société civile, des universités et des pouvoirs publics.
Cette dynamique se traduit également à différentes échelles. La nouvelle feuille de route du RIFESS – Réseau ibéro-américain de promotion de l’Économie Sociale et Solidaire, adoptée en 2025, vise à favoriser le développement de politiques publiques et d’écosystèmes territoriaux de l’ESS. Les conférences ECOOVIDA, dont une première édition s’est tenue en Colombie en marge de la COP16 sur la biodiversité, ont également contribué à rapprocher les enjeux de l’ESS, de la biodiversité et des communautés autochtones. Au Brésil, l’adoption en décembre 2024 de la loi Paul Singer instituant la Politique nationale d’économie solidaire marque une nouvelle étape dans la reconnaissance institutionnelle de l’ESS.
À partir d’expériences menées au Guatemala, au Brésil, en Équateur et en Colombie, les échanges ont permis d’interroger les conditions nécessaires au développement d’écosystèmes d’ESS : reconnaissance institutionnelle, coopération avec les pouvoirs publics, formation, recherche, innovation et accès au financement.
Les principaux enseignements
1. Reconnaître et institutionnaliser des pratiques déjà présentes dans les territoires
L’Économie Sociale et Solidaire ne constitue pas une réalité nouvelle dans de nombreux territoires latino-américains.
Au Guatemala, les échanges ont notamment rappelé que des pratiques reposant sur la solidarité, la coopération et l’organisation communautaire existent depuis longtemps, particulièrement au sein des communautés autochtones.
L’enjeu consiste alors moins à créer ces pratiques qu’à mieux les reconnaître dans les politiques publiques, à documenter leur contribution économique et sociale et à construire des cadres institutionnels adaptés.
L’Équateur offre une autre illustration de cette reconnaissance, avec l’inscription de l’économie populaire et solidaire dans le cadre institutionnel du pays et le développement de politiques publiques spécifiquement consacrées à ce secteur.
2. Faire de l’ESS un levier de travail digne et de développement territorial
Les expériences présentées montrent également la diversité des secteurs concernés par l’ESS : industrie, agriculture familiale, pêche, énergie ou encore services financiers.
Au Brésil, UNISOL Brasil accompagne des coopératives et entreprises solidaires dans différents secteurs économiques. À Maricá, les politiques municipales cherchent également à articuler développement économique, réduction des inégalités et soutien aux dynamiques de l’économie solidaire.
Selon les éléments présentés lors de la table ronde, l’économie solidaire représenterait environ 20 % de l’économie de Maricá.
Au-delà de la diversité des activités, ces initiatives partagent une attention portée à la création d’activités économiques ancrées dans les territoires, à la coopération et à l’amélioration des conditions de travail.
3. Articuler formation, recherche, accompagnement et financement
Le développement des écosystèmes d’ESS nécessite des dispositifs permettant aux acteurs de renforcer leurs compétences, d’améliorer leurs activités et d’accéder aux ressources financières.
Les expériences présentées en Colombie mettent notamment en évidence le rôle que peuvent jouer les universités dans la formation et la production de connaissances sur l’ESS.
En Équateur, les politiques consacrées à l’économie populaire et solidaire associent accompagnement technique et développement d’outils financiers adaptés.
Ces différentes dimensions — formation, recherche, accompagnement et financement — peuvent se renforcer mutuellement et contribuer à la consolidation des initiatives.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Co-construire les politiques publiques avec les acteurs de l’ESS
Au Guatemala, un travail de cartographie des acteurs a été engagé afin de mieux identifier les initiatives existantes et leurs besoins.
Cette démarche a contribué à la constitution d’un espace représentatif associant notamment des femmes, des organisations paysannes et des universités afin de participer à l’élaboration des politiques publiques consacrées à l’ESS.
En Équateur, le Comité Agro Joven, porté par le ministère de l’Agriculture, constitue un autre exemple de dialogue entre pouvoirs publics et acteurs concernés. Il vise notamment à mieux prendre en compte les besoins des jeunes engagés dans l’agriculture.
Ces démarches montrent l’intérêt d’associer directement les acteurs de terrain à la conception des dispositifs qui les concernent.
2. Mobiliser l’innovation économique et financière au service des territoires
Les expériences brésiliennes montrent différentes manières d’articuler ESS, innovation et développement territorial.
UNISOL Brasil accompagne notamment des initiatives dans le domaine des énergies renouvelables, dont des projets liés à la biomasse.
À Maricá, la municipalité a développé des instruments financiers locaux destinés à soutenir l’économie du territoire et les politiques d’économie solidaire.
Ces expériences montrent comment des outils économiques et financiers peuvent être mobilisés par les territoires pour soutenir les activités locales et accompagner leurs transformations sociales et environnementales.
3. Faire des universités des partenaires des écosystèmes d’ESS
En Colombie, INDESCO, au sein de l’Universidad Cooperativa de Colombia, contribue à la recherche et à la formation autour de l’économie sociale et du coopérativisme.
Les échanges ont notamment présenté une alliance constituée en 2022 entre quatre universités, destinée à mutualiser les travaux de recherche et à renforcer leur contribution au développement de l’ESS.
Au Brésil, les collaborations entre universités et coopératives permettent également de rapprocher recherche, formation et expériences de terrain, tout en associant les jeunes à ces dynamiques.
L’université peut ainsi intervenir non seulement comme lieu de production et de transmission des connaissances, mais aussi comme partenaire des acteurs et des territoires.
Les recommandations
1. Renforcer la reconnaissance institutionnelle de l’ESS
Cibles : États, gouvernements locaux et institutions publiques.
La reconnaissance de l’ESS dans les politiques publiques peut contribuer à donner davantage de visibilité aux initiatives existantes et à construire des dispositifs adaptés à leurs besoins.
Recommandation : développer des cadres législatifs et des politiques publiques consacrés à l’ESS en associant les acteurs concernés à leur élaboration et à leur mise en œuvre.
Les expériences présentées montrent également l’importance de disposer de données permettant de mieux connaître les organisations, leurs activités et leur contribution aux territoires.
2. Investir dans la formation des jeunes et la transmission des savoirs
Cibles : pouvoirs publics, universités, structures de formation et organisations de l’ESS.
Le renouvellement générationnel constitue un enjeu important pour le développement de l’ESS.
Recommandation : renforcer la place de l’ESS dans les parcours de formation et développer des dispositifs d’accompagnement technique permettant aux jeunes de créer, rejoindre ou développer des initiatives collectives.
Les collaborations entre universités, pouvoirs publics et organisations de terrain peuvent notamment faciliter la circulation des connaissances et l’expérimentation de nouvelles pratiques.
3. Développer des outils de financement adaptés et renforcer les coopérations internationales
Cibles : pouvoirs publics, institutions financières, banques de développement et réseaux internationaux.
Le changement d’échelle des initiatives nécessite des ressources financières correspondant aux caractéristiques des organisations de l’ESS.
Recommandation : développer des instruments de financement dédiés ou adaptés à l’ESS et renforcer les coopérations entre acteurs locaux, nationaux et internationaux.
Les réseaux régionaux comme le RIFESS, ainsi que les institutions internationales et les banques de développement, peuvent contribuer au partage d’expériences, à la structuration des écosystèmes et à la mobilisation de ressources pour les initiatives territoriales.
Mots-clés
Économie Sociale et Solidaire · Économie populaire et solidaire · Politiques publiques · Coopérativisme · Écosystèmes territoriaux · Formation · Finance solidaire · Recherche-action
Pour aller plus loin
IEPS – Instituto Nacional de Economía Popular y Solidaria, Équateur : https://www.economiasolidaria.gob.ec/
UNISOL Brasil : https://unisolbrasil.org.br/
Prefeitura Municipal de Maricá : https://www.marica.rj.gov.br/
INDESCO – Universidad Cooperativa de Colombia : https://ucc.edu.co/indesco
Ministerio de Economía – MIPYMES, Guatemala : https://www.mineco.gob.gt/component/tags/tag/mipymes