Parcours 3
Développer l’emploi décent : travail, démocratie et inclusion
Table ronde
La jeunesse face aux défis de l’entrepreneuriat
Modération :
- Fabrice Adelphe BALOU, Pôle Jeun’ESS Afrique du GSEF, ABEWE, Côte d’Ivoire
Intervenants :
- Anne-Leila BATEL, People Power Inclusion, PULSE, France
- Aimé BLANCHARD LINVANI, ADPME – Agence de Développement des Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises, Congo-Brazzaville
- Céline MARQUET, iES! – Incubateur de l’économie sociale en Wallonie, Belgique
- Hypolite Jean-Paul NGATÉ ROBARD, Ministère des PME, Promotion du Secteur Privé et de l’Artisanat, République centrafricaine
Cette table ronde a interrogé la place de l’entrepreneuriat des jeunes comme levier d’insertion et de transformation économique, à partir d’expériences menées en Afrique et en Wallonie.
Dans plusieurs contextes africains présentés, les difficultés d’accès à l’emploi conduisent de nombreux jeunes à développer leurs propres activités, notamment dans les secteurs liés à l’environnement et au développement durable. En Wallonie, les échanges ont davantage mis en évidence un enjeu de connaissance et d’attractivité de l’Économie Sociale et Solidaire auprès des jeunes.
Face à ces réalités différentes, les expériences de PULSE, de l’ADPME et d’iES! montrent l’importance de combiner accompagnement, formation, accès au financement et création de débouchés économiques pour permettre aux jeunes de développer des projets durables.
Les principaux enseignements
1. Entre envie d’entreprendre et manque d’opportunités
Les échanges ont mis en évidence des situations contrastées entre les territoires représentés.
Dans les contextes africains évoqués, les difficultés d’insertion sur le marché du travail poussent de nombreux jeunes vers l’entrepreneuriat. Les secteurs liés à l’environnement et au développement durable constituent notamment des domaines dans lesquels émergent de nouvelles initiatives.
En Wallonie, le contexte est différent : l’Économie Sociale et Solidaire demeure encore insuffisamment connue par une partie des jeunes et ceux-ci restent sous-représentés parmi les porteurs de projets accompagnés.
Dans les deux cas, l’enjeu consiste à mieux faire connaître les possibilités offertes par l’ESS et à créer les conditions permettant aux jeunes de transformer une envie d’entreprendre en activité pérenne.
2. La structuration et le cadre juridique comme enjeux de développement
Dans plusieurs contextes présentés lors de la table ronde, les difficultés de structuration juridique et administrative constituent un frein important au développement des petites entreprises.
Les activités qui restent dans l’économie informelle peuvent notamment rencontrer des difficultés pour accéder aux financements bancaires, faute de comptabilité régulière, de garanties ou de statut adapté.
L’accompagnement vers une meilleure structuration des activités apparaît donc comme un enjeu important pour permettre aux projets de se consolider et, lorsqu’ils le souhaitent, de changer d’échelle.
3. Développer des formes d’accompagnement adaptées aux jeunes entrepreneurs
Face aux limites des dispositifs classiques, différents outils peuvent faciliter l’accès des jeunes à l’entrepreneuriat.
La microfinance, les mutuelles, les coopératives ou encore les prêts d’honneur offrent des possibilités complémentaires aux financements bancaires traditionnels.
Mais l’accès au capital ne suffit pas. Les échanges ont également insisté sur la formation, l’accompagnement individualisé et le développement des compétences entrepreneuriales et numériques afin de donner aux jeunes les moyens de structurer durablement leurs projets.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Développer des mécanismes financiers fondés sur la confiance
Les expériences présentées montrent l’importance d’adapter les mécanismes de financement aux réalités des jeunes entrepreneurs.
PULSE a notamment présenté l’expérience d’un fonds de financement entrepreneurial de 2 millions d’euros en Tunisie, avec un taux de remboursement annoncé de 85 %. Ce type de dispositif permet de soutenir des entrepreneurs qui ne disposent pas nécessairement des garanties demandées par les acteurs bancaires traditionnels.
D’autres mécanismes de proximité ont également été évoqués, notamment les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) ainsi que des systèmes de garantie permettant de sécuriser les parcours entrepreneuriaux.
2. Associer financement et accompagnement personnalisé
L’accès au financement doit s’accompagner d’un soutien adapté aux besoins de chaque entrepreneur.
Au Congo-Brazzaville, l’ADPME développe des parcours individualisés afin d’accompagner la structuration et la pérennisation des entreprises.
En Wallonie, iES! intervient notamment auprès des étudiants pour mieux faire connaître l’Économie Sociale et Solidaire et déconstruire certaines idées reçues. L’incubateur apporte également un accompagnement technique sur les modèles économiques, les financements et les spécificités du modèle coopératif.
3. Créer des débouchés économiques pour les entrepreneurs accompagnés
L’accompagnement entrepreneurial peut également permettre de connecter les porteurs de projets à des filières économiques et à des marchés existants.
Le programme Girls and Business, mené avec l’Agence Française de Développement (AFD), a été présenté comme un exemple d’accompagnement ciblant spécifiquement l’autonomisation économique des femmes.
Dans le domaine de l’économie circulaire, l’initiative La Saison Circulaire, développée en partenariat avec SUEZ et l’ADEME, vise notamment à accompagner des entrepreneurs afin qu’ils puissent intégrer progressivement les chaînes de valeur de grandes entreprises et accéder à de nouveaux débouchés commerciaux.
Les recommandations
1. Renforcer les cadres institutionnels et les coopérations
Cibles : États, pouvoirs publics, collectivités territoriales et réseaux de l’ESS.
Dans les territoires où les cadres juridiques restent insuffisamment adaptés aux réalités de l’ESS, leur renforcement peut faciliter la structuration des initiatives et leur accès aux dispositifs publics et financiers.
Recommandation : développer des cadres juridiques et des dispositifs d’accompagnement adaptés aux entreprises de l’ESS et renforcer les coopérations internationales permettant de partager les expériences et les outils.
Les échanges ont notamment souligné l’intérêt de développer davantage les coopérations Sud-Sud et entre l’Afrique et l’Europe.
2. Faciliter l’accès des jeunes entrepreneurs au financement
Cibles : pouvoirs publics, banques, acteurs de la finance solidaire et structures d’accompagnement.
Les exigences des établissements bancaires traditionnels restent difficiles à satisfaire pour de nombreux jeunes entrepreneurs.
Recommandation : développer des mécanismes financiers adaptés aux différentes étapes de développement des entreprises, notamment à travers des fonds dédiés à l’ESS, des garanties, des prêts d’honneur et des dispositifs de microfinance.
L’objectif est de construire une offre de financement capable d’accompagner aussi bien le démarrage des projets que leur développement à plus grande échelle.
3. Investir dans les compétences des entrepreneurs et de leurs accompagnateurs
Cibles : structures d’accompagnement, organismes de formation et pouvoirs publics.
La pérennité des projets dépend autant de l’accès au financement que de la capacité des entrepreneurs à gérer et développer leur activité.
Recommandation : renforcer les formations en gestion, comptabilité et outils numériques, tout en développant également les compétences des conseillers et des agents publics chargés d’accompagner les entrepreneurs.
Cette professionnalisation de l’écosystème doit permettre de proposer un accompagnement mieux adapté aux réalités des porteurs de projets et aux exigences des financeurs.
Paroles d’intervenants
« Chaque choix que l’on fait aujourd’hui pour un jeune de 20 ans, selon qu’on choisisse d’investir sur lui ou elle ou de le laisser au bord de la route, ce sont des choix dont on va récolter les fruits dans les années à venir. »
Anne-Leila BATEL, People Power Inclusion, PULSE, France
Mots-clés
Entrepreneuriat des jeunes · Économie Sociale et Solidaire · Accompagnement entrepreneurial · Accès au financement · Microfinance · Formation · Économie informelle · Entrepreneuriat féminin · Économie circulaire · Coopération internationale
Pour aller plus loin
People Power Inclusion : https://www.ppi-groupesos.org/en/
PULSE : https://www.pulse-group.org/qui-sommes-nous/notre-mission-et-nos-valeurs/
ADPME – Agence de Développement des Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises : https://www.entreprises.gouv.cg/ova_sev/adpme/
iES! – Incubateur de l’économie sociale en Wallonie : https://i-es.be/