Parcours 2
Agir pour la transition écologique : énergie, alimentation, déchets
Table ronde
Facteurs de réussite pour une transition juste au niveau local : similitudes et singularités à travers le monde
Modération :
- Marie VERNIER, Le Labo de l’ESS, France
Intervenants :
- Michel CATINAT, Le Labo de l’ESS, France
- Geneviève HUOT, TIESS – Territoires innovants en économie sociale et solidaire, Canada
- Mamounata KARGOUGOU, CARTPL, Burkina Faso
- Julien RACICOT, MCE Conseils, Canada
- Yves KOKO BAGENDABANGA, CENADEP – Centre National d’Appui au Développement et à la Participation Populaire, République démocratique du Congo
Cette table ronde a exploré les conditions permettant aux initiatives de l’Économie Sociale et Solidaire de contribuer à une transition juste à l’échelle des territoires, à partir d’expériences menées en Europe, au Québec, au Burkina Faso et en République démocratique du Congo.
Les échanges ont notamment porté sur l’analyse de 16 initiatives européennes par Le Labo de l’ESS, sur les enjeux de démocratisation économique et de transition socio-écologique présentés par le TIESS, ainsi que sur les expériences du CARTPL au Burkina Faso et du CENADEP en République démocratique du Congo. Ils ont également permis d’aborder les outils financiers susceptibles d’accompagner ces transformations, notamment le capital patient.
Malgré la diversité des contextes, plusieurs conditions communes émergent : un fort ancrage territorial, la coopération entre acteurs, des modes de financement adaptés, une gouvernance démocratique et un soutien durable des pouvoirs publics.
Les principaux enseignements
1. Des secteurs stratégiques pour la transition socio-écologique
L’Économie Sociale et Solidaire contribue à développer des réponses à des besoins sociaux et environnementaux auxquels les acteurs économiques traditionnels ou l’action publique ne répondent pas toujours suffisamment.
Les travaux présentés par Le Labo de l’ESS, à partir de l’analyse de 16 initiatives européennes, mettent notamment en évidence quatre secteurs particulièrement importants : l’économie circulaire, les circuits courts, l’alimentation et l’efficacité énergétique des bâtiments.
Dans ces différents domaines, les structures de l’ESS peuvent contribuer à relocaliser les activités et la création de valeur, à réduire les impacts environnementaux et à répondre aux besoins essentiels des populations.
2. L’ancrage territorial et la coopération comme conditions de réussite
Les expériences présentées montrent que le développement et la pérennisation des initiatives reposent fortement sur leur inscription dans les réalités territoriales.
Un leadership capable de porter une vision à long terme doit pouvoir s’articuler avec une gouvernance démocratique et une participation citoyenne active. Les projets doivent également s’intégrer dans des écosystèmes territoriaux associant acteurs de l’ESS, citoyens, entreprises, financeurs et pouvoirs publics.
La coopération avec les autorités publiques constitue à ce titre un levier important pour agir sur les obstacles financiers, réglementaires ou fiscaux auxquels peuvent être confrontées les structures de l’ESS.
3. Démocratiser l’économie pour accompagner une transition juste
Au-delà des initiatives locales, les échanges ont souligné la nécessité d’interroger plus largement la répartition du pouvoir économique et l’utilisation des ressources.
L’approche présentée par le TIESS met notamment l’accent sur la démocratisation de l’économie et sur l’articulation entre transformation des modes de production et de consommation, justice sociale et transition écologique.
Cela suppose de dépasser l’expérimentation isolée et de développer des alliances permettant aux acteurs de l’ESS de contribuer davantage à la construction des politiques publiques. Parmi les pistes évoquées figure notamment la démarchandisation du logement, afin de limiter les logiques spéculatives autour d’un besoin essentiel et de renforcer sa fonction sociale.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. En Europe : structurer des écosystèmes territoriaux et renforcer le soutien public
L’analyse menée par Le Labo de l’ESS à partir de 16 initiatives européennes met en évidence le rôle de l’ESS dans plusieurs secteurs de la transition écologique, notamment l’économie circulaire, les circuits courts, l’alimentation et l’efficacité énergétique.
Ces expériences soulignent l’importance d’un fort ancrage local, de la coopération entre acteurs et de dispositifs publics permettant d’accompagner le développement et le changement d’échelle des initiatives.
À l’échelle européenne, le Plan d’action pour l’économie sociale adopté en 2021 constitue également un cadre destiné à favoriser le développement de l’économie sociale, notamment à travers l’amélioration de l’accès aux financements et le soutien aux écosystèmes.
2. Au Québec : démocratisation économique et capital patient
Au Québec, les expériences présentées par le TIESS et MCE Conseils mettent l’accent sur une approche systémique de la transition socio-écologique.
Le TIESS souligne notamment la nécessité de démocratiser l’économie et de mieux partager le pouvoir de décision sur les ressources, tandis que MCE Conseils met en avant l’intérêt du capital patient, c’est-à-dire de financements inscrits dans le temps long et adaptés aux spécificités des entreprises de l’ESS.
Les échanges ont également attiré l’attention sur les attentes importantes qui pèsent sur l’ESS pour répondre simultanément aux crises sociales et environnementales, alors que les structures ne disposent pas toujours de financements suffisants, notamment lors de leur démarrage.
3. Au Burkina Faso et en République démocratique du Congo : proximité, structuration et résilience
Les expériences africaines présentées montrent le rôle que peut jouer l’ESS dans des contextes marqués par une forte présence de l’économie informelle.
En République démocratique du Congo, le CENADEP accompagne notamment la structuration d’activités économiques et coopératives. L’expérience présentée lors de la table ronde fait état d’actions autour de la transition agrobiologique auprès de 2 000 maraîchers, du développement de mutuelles de santé et de l’inclusion financière numérique.
Au Burkina Faso, le CARTPL développe une approche fondée sur l’économie de proximité et l’inclusion, avec des actions portant notamment sur la souveraineté alimentaire, l’autonomisation économique des femmes et les énergies renouvelables.
Les recommandations
1. Consolider les cadres juridiques et institutionnels de l’ESS
Cibles : États et pouvoirs publics nationaux.
La reconnaissance institutionnelle de l’Économie Sociale et Solidaire constitue un élément important pour sécuriser les organisations et favoriser leur développement.
Recommandation : adopter ou consolider des cadres législatifs et réglementaires clairement adaptés à l’ESS, afin de mieux reconnaître ses spécificités et de faciliter le développement de ses structures à l’échelle nationale.
2. Développer des instruments financiers adaptés
Cibles : institutions publiques, institutions financières, banques de développement et collectivités territoriales.
Les modèles économiques de l’ESS nécessitent des outils financiers adaptés à leurs temporalités, à leurs modes de gouvernance et à leurs finalités sociales et environnementales.
Recommandation : développer une diversité d’instruments financiers, notamment le microcrédit, le capital patient et des fonds dédiés, afin d’accompagner les projets dès leur phase de lancement et de soutenir leur développement dans la durée.
3. Structurer les écosystèmes territoriaux de l’ESS
Cibles : collectivités territoriales, réseaux de l’ESS et structures intermédiaires.
L’ancrage territorial constitue l’un des principaux points communs entre les différentes expériences présentées.
Recommandation : renforcer les réseaux d’acteurs, créer des espaces de coopération entre structures de l’ESS et pouvoirs publics et soutenir les dynamiques territoriales permettant aux initiatives de mutualiser leurs ressources, leurs compétences et leurs expériences.
Paroles d’intervenants
« On entend souvent dire qu’acheter, c’est voter, mais le pouvoir de la participation citoyenne doit aller bien au-delà des choix de consommation : ça doit être de décider de ce qu’on fait de nos ressources, comment on les distribue et qui en tire des bénéfices. »
Geneviève HUOT, TIESS – Territoires innovants en économie sociale et solidaire, Canada
« L’économie sociale peut devenir la norme, une économie axée sur l’humain et le respect de l’environnement. »
Mamounata KARGougou, CARTPL, Burkina Faso
Mots-clés
Transition socio-écologique · Initiatives locales · Microcrédit · Économie populaire · Commande publique responsable · Économie circulaire · Capital patient · Coopératives · Financement de l’ESS · Travail informel · Partenariats publics-ESS · Ancrage territorial · Démocratisation économique
Pour aller plus loin
Le Labo de l’ESS : https://www.lelabo-ess.org/
Le Labo de l’ESS – Gouvernance et organisation : https://www.lelabo-ess.org/gouvernance-du-labo-de-l-ess
CARTPL – Présidence de Mamounata Kargougou : https://www.lobspaalga.com/2024/05/02/presidence-du-cartpl-mamounata-kargougou-rebelote-pour-5-ans/
MCE Conseils : https://www.mceconseils.com
TIESS – Territoires innovants en économie sociale et solidaire : https://tiess.ca/
CENADEP – Centre National d’Appui au Développement et à la Participation Populaire : https://cenadeprdc.org/