Parcours 2

Agir pour la transition écologique : énergie, alimentation, déchets​

Table ronde

Sécurité sociale alimentaire : un élément clé pour garantir le droit à l’alimentation

Modération

  • Judith HITCHMAN, RIPESS, France

Intervenants

  • Adriana CARDOSO, Transition Town MINETT, Luxembourg
  • Françoise FOLLET-SINOIR, Sécurité sociale de l’alimentation de Cadenet, France
  • Jean ROSSIAUD, Après-GE – Food Social Security Experiment, Suisse
  • Dražen ŠIMELEŠA, RIPESS Europe, Croatie
  • David GLORY, Sécurité Sociale de l’Alimentation à Bordeaux, France

Cette table ronde a mis en lumière une problématique centrale des politiques sociales contemporaines : la reconnaissance du droit à l’alimentation comme droit fondamental et les expériences portées par les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire pour lutter contre la précarité alimentaire. Bien que ce droit bénéficie de différentes formes de reconnaissance juridique, notamment à Genève ou au Brésil, les échanges ont souligné les limites de son application concrète, contrairement à d’autres droits sociaux bénéficiant de mécanismes de protection plus structurés.

À travers des expériences menées au Luxembourg, en Suisse, en France, en Croatie et au Brésil, la discussion a exploré les enjeux politiques, économiques et sociaux liés à l’accès à une alimentation digne, ainsi que les initiatives concrètes visant à transformer les systèmes alimentaires.

Les principaux enseignements

1. Du droit théorique à la protection sociale : l’enjeu de la reconnaissance juridique

Le droit à l’alimentation souffre encore d’un manque d’effectivité. Bien qu’il bénéficie d’une reconnaissance juridique dans différents territoires, les échanges ont souligné que l’absence de mécanismes permettant de garantir concrètement son application limite la capacité des citoyens à exercer pleinement ce droit.

Pour dépasser une reconnaissance essentiellement formelle, l’un des enjeux identifiés est de renforcer le droit à l’alimentation en tant que droit fondamental, au même titre que la santé, et de l’intégrer davantage dans les systèmes de protection sociale afin de garantir un accès universel, sécurisé et pérenne à une alimentation de qualité.

2. De l’assistance à la transformation : le rôle de l’ESS dans les modèles alternatifs

La lutte contre la faim et la précarité alimentaire ne peut reposer uniquement sur des logiques de charité ou d’aide d’urgence. Pour agir durablement sur l’insécurité alimentaire, les échanges ont mis en avant la nécessité d’une transformation plus structurelle des modèles de production et de distribution.

Dans cette perspective, les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire jouent un rôle important. Par leur ancrage local et leurs modes de gouvernance, ils contribuent à expérimenter, promouvoir et développer des modèles agricoles et alimentaires alternatifs, plus justes et plus durables.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. Agir à l’échelle des politiques publiques et du plaidoyer international

À l’échelle systémique, la transformation des systèmes alimentaires peut s’appuyer sur des politiques publiques ambitieuses et des campagnes de plaidoyer internationales.

Le programme brésilien « Faim Zéro », initié en 2003 sous le gouvernement Lula et présenté par Adriana Cardoso, illustre cette approche structurelle. En combinant redistribution des terres, soutien aux petits producteurs et achats publics pour les écoles, l’État a mobilisé différents leviers pour agir sur le système alimentaire et soutenir l’agriculture familiale. Les évolutions ultérieures du programme et le retour de la faim au Brésil ont également nourri les échanges sur la nécessité d’inscrire ces politiques dans la durée.

Cette volonté de changement à une échelle plus large se retrouve dans la campagne européenne « Good Food for All », présentée par RIPESS Europe et Dražen Šimeleša. Lancée en janvier 2026, cette Initiative Citoyenne Européenne vise à recueillir un million de signatures afin de porter auprès de la Commission européenne la reconnaissance du droit à l’alimentation comme droit fondamental ainsi que la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles.

2. Expérimenter localement la Sécurité Sociale de l’Alimentation

Face aux limites de l’aide alimentaire d’urgence, différentes initiatives citoyennes locales expérimentent de nouveaux modèles de protection sociale autour de l’alimentation.

À Genève, le projet CALIM, présenté par Jean Rossiaud, a été développé à la suite de la crise du Covid-19. Il permet aux habitants de cotiser selon leurs moyens et de recevoir une monnaie locale, le « radis », utilisable dans un réseau de commerces répondant à des critères définis collectivement et visant notamment une juste rémunération des agriculteurs.

Dans une démarche similaire, à Cadenet, en France, une caisse locale d’alimentation soutenue par des chercheurs expérimente un système de remboursement de produits sélectionnés selon des critères éthiques. Le dispositif valorise notamment la proximité, la taille humaine des exploitations et les conditions de travail décentes des travailleurs agricoles.

3. Mesurer l’impact : l’expérimentation de Sécurité Sociale de l’Alimentation en Gironde

Pour favoriser leur reconnaissance et leur essaimage, ces nouveaux modèles doivent également pouvoir documenter leur viabilité et leurs effets sociaux. C’est l’un des enjeux de l’expérimentation de Sécurité Sociale de l’Alimentation menée en Gironde, présentée par David Glory.

Fondé sur un principe d’universalité dans lequel les participants sont à la fois cotisants et acteurs de la gouvernance, le dispositif a alloué 190 euros mensuels par foyer pendant un an.

Les résultats présentés lors de la table ronde font état d’une baisse de 80 % de la précarité alimentaire quantitative, d’une baisse de 50 % de la précarité alimentaire qualitative, notamment concernant l’accès à des produits sains, ainsi que d’une réduction de 42 % du recours à l’aide alimentaire classique. Ces résultats contribuent à documenter les effets de l’expérimentation et à alimenter les réflexions sur l’évolution des politiques alimentaires.

Les recommandations

1. Renforcer l’engagement citoyen par le plaidoyer et les choix de consommation

Cibles : citoyens, consommateurs et organisations de la société civile.

Les citoyens et la société civile peuvent agir à la fois dans le débat politique et à travers leurs pratiques quotidiennes.

Recommandation : soutenir les initiatives de plaidoyer en faveur du droit à l’alimentation, notamment la campagne européenne « Good Food for All », afin de renforcer la mobilisation en faveur de sa reconnaissance comme droit fondamental et d’une meilleure régulation des marchés alimentaires.

En parallèle, les consommateurs peuvent favoriser davantage les circuits courts et les filières locales, contribuant ainsi à soutenir directement les producteurs, à renforcer l’économie des territoires et à développer une plus grande maîtrise collective des systèmes alimentaires.

2. Accompagner la transformation du monde agricole et la relocalisation des filières

Cibles : producteurs, organisations agricoles et pouvoirs publics.

La transformation des systèmes alimentaires nécessite également de renforcer l’autonomie des producteurs et leur capacité à s’inscrire dans des modèles agricoles plus locaux et durables.

Recommandation : soutenir le développement de modèles de production moins dépendants des grands acteurs de l’agro-industrie et favoriser l’intégration des producteurs dans des réseaux locaux et des filières de proximité.

Les dispositifs solidaires émergents, tels que les caisses locales de Sécurité Sociale de l’Alimentation, ainsi que les politiques publiques de soutien à l’agroécologie, peuvent contribuer à sécuriser cette transition, à offrir des débouchés plus stables aux producteurs et à favoriser une rémunération plus juste de leur travail.

Paroles d’intervenants

« Il ne peut y avoir de véritable souveraineté alimentaire en agroécologie sans Économie Sociale et Solidaire. »

Dražen ŠIMELEŠA, RIPESS Europe, Croatie

« Le droit à l’alimentation est un droit fondamental, l’alimentation doit être considérée au même titre que la santé : avec un élément de protection sociale. »

Judith HITCHMAN, RIPESS, France

Mots-clés

Démocratie alimentaire · Sécurité alimentaire · Droit à l’alimentation · Sécurité Sociale de l’Alimentation · Souveraineté alimentaire · Alimentation durable · Agriculture locale · Agroécologie · Aide alimentaire · Consommation responsable · Justice alimentaire · Participation citoyenne · Dignité alimentaire · Faim Zéro · Good Food for All

Pour aller plus loin

Le CLAC de Cadenet – Pour qu’advienne la Sécurité Sociale de l’Alimentation : https://leclacdecadenet.ouvaton.org/

Good Food for All : https://www.goodfoodforall.eu/

Programme Faim Zéro – L’expérience brésilienne : https://www.fao.org/4/i3023f/i3023f.pdf

APRÈS-GE – Réseau genevois de l’économie sociale et solidaire : https://www.apres-ge.ch/apres

RIPESS : https://www.ripess.org/

RIPESS – « Round table on Food Social Security at the GSEF in Bordeaux » : https://www.ripess.org/mesa-redonda-sobre-seguridad-social-alimentaria-y-derecho-a-la-alimentacion-en-el-gsef-de-burdeos/?lang=en

Composition du Comité scientifique :

présidé par Timothée Duverger, Docteur en histoire, enseignant à Sciences Po Bordeaux où il dirige la chaire TerrESS.

Chercheurs nationaux

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

Chercheurs internationaux

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Québec – Canada
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC Espagne
  • Cheikh Gueye – Réseau des Think Tanks – Sénégal
  • Marguerite MendellInstitut Karl Polanyi – Québec – Canada – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Sybille Mertens – EMES – Belgique
  • Leandro Morais – Université de Sao Paulo (UNESP) –  Brésil – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Amadou Ndiaye – Réseau francophone de l’ESS Ville de Dakar et Université Amadou-MahtarM’Bow – Sénégal 
  • Sambou Ndiaye –  Université GB de Saint Louis – Sénégal  – Président Comité Scientifique du Dakar GSEF2023 
  • Ilcheong Yi – UNRISD – Suisse

Acteurs nationaux

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier – ESS France
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

Acteurs internationaux

  • Bérénice Alcade Castro – INAES – Mexique – Coprésidente continental GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Côte d’Ivoire – Pôle Jeunesse Afrique GSEF
  • Alain Coheur – ESS Forum International – Belgique
  • Malick Diop – Plateforme des acteurs non-étatiques Sénégal – Coprésident continental GSEF
  • Laurence Kwark – GSEF Advisory Committee – Corée du Sud
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE – Sénégal – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canada – Coprésidente continental GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Québec – Canada –
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – Espagne
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Belgique
  • Denis Stokkink – Consultant – Belgique