Parcours 1

Financer la transition : quels outils pour soutenir l’ESS ?

Table ronde

Inclusion financière et leadership féminin : des solutions locales pour des politiques globales

Modération

  • Antonella NOYA, ancienne directrice d’unité de l’OCDE, GSEF Advisory Committee, France

Intervenants

  • Oumar BA, Weer Bi, Sénégal
  • Véronique FAUJOUR, Crédit Agricole – Fondation Grameen, Luxembourg
  • Pierre MATHÉUS, ADIE – Association pour le Droit à l’Initiative Économique, France
  • Cécile VOIGT, NEXCENDA, Royaume-Uni

Face aux défis climatiques et sociaux actuels, les femmes occupent une place centrale dans les transitions économiques. Pourtant, malgré leur rôle dans la gestion financière des foyers et des communautés, elles restent sous-représentées et confrontées à des barrières socioculturelles et structurelles persistantes.

Cette table ronde a exploré la manière dont l’inclusion financière, portée par des solutions locales innovantes en Afrique, en Asie du Sud et en France, peut contribuer à transformer ces obstacles en leviers d’autonomisation économique. Entre microfinance sur mesure, réseaux de solidarité territoriale et leadership au sein des fonctions publiques, l’enjeu est désormais de faire évoluer ces réussites de terrain vers des politiques plus globales. L’objectif : construire un écosystème dans lequel le financement ne se limite pas à l’octroi d’un prêt, mais devient un véritable outil d’autonomisation et de leadership pour les femmes.

Les principaux enseignements

1. Les femmes, actrices stratégiques des transitions

Les femmes ne sont pas seulement bénéficiaires des politiques de développement : elles sont des actrices économiques de premier plan et des moteurs essentiels des transitions sociales, économiques et environnementales.

Comme l’a souligné la Fondation Grameen Crédit Agricole, elles font preuve d’une importante capacité d’adaptation et présentent des taux de remboursement particulièrement élevés. Pourtant, leur rôle demeure encore insuffisamment reconnu et leur voix trop peu entendue dans les espaces traditionnels de décision.

2. Le rôle crucial de l’accompagnement de proximité

La réussite de l’entrepreneuriat féminin repose notamment sur l’existence de structures de concertation et d’accompagnement au niveau local. L’exemple de Weer Bi à Keur Massar montre que l’élection de femmes et la création de cadres de concertation départementaux peuvent contribuer à promouvoir leurs produits et services tout en renforçant leur visibilité institutionnelle.

3. La microfinance, un levier d’inclusion en France et à l’international

Qu’il s’agisse de l’ADIE en France ou de NEXCENDA en Afrique, la microfinance répond à des besoins importants en matière d’accès au financement.

En France, l’entrepreneuriat féminin — qui représente 44 % des projets financés par l’ADIE — se concentre notamment dans les activités de services. En Afrique, les femmes jouent un rôle central dans la gestion financière familiale, ce qui souligne la nécessité de développer des outils financiers adaptés à leurs réalités et à leurs besoins.

4. Lever les barrières socioculturelles

L’autonomisation économique des femmes se heurte encore à des obstacles persistants : manque d’éducation financière, difficultés d’accès aux garanties ou encore poids des normes sociales, notamment le sexisme, l’absence de soutien de l’entourage ou certaines contraintes culturelles.

Pour NEXCENDA, il est notamment nécessaire de proposer des formations sur mesure afin de renforcer la confiance des femmes et de mieux les accompagner dans la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. La « Calebasse de Solidarité » : l’expérience de Weer Bi à Keur Massar

La « Calebasse de Solidarité » repose sur un mécanisme de finance circulaire et solidaire fondé sur la confiance. Les femmes élues et entrepreneures de Keur Massar contribuent chaque mois à la constitution d’un fonds collectif.

Cette épargne permet ensuite d’octroyer des prêts à taux zéro et sans frais à d’autres femmes dans différentes communes du Sénégal, favorisant ainsi leur autonomisation économique tout en supprimant la barrière liée au coût du crédit.

2. Le fonds « Femmes et Climat » de la Fondation Grameen Crédit Agricole

Doté d’un budget de 100 millions d’euros, le fonds « Femmes et Climat » cible l’intersection entre les enjeux de genre et les enjeux environnementaux.

Il finance des entreprises et des institutions de microfinance développant des solutions dans des secteurs essentiels comme l’accès à l’eau potable, l’énergie propre et l’agriculture durable. L’objectif est de soutenir des projets portés par des femmes ou ayant un impact direct sur leurs conditions de vie face aux défis climatiques.

3. Le programme « NOBIN » au Bangladesh : un levier générationnel

Destiné à valoriser et à promouvoir l’entrepreneuriat, le programme NOBIN s’adresse spécifiquement aux filles de clientes de la microfinance.

En facilitant la distribution de « tickets crédits », le programme encourage la transmission des savoir-faire entrepreneuriaux, souvent familiaux, et contribue à favoriser une transition économique entre les générations tout en renforçant les circuits de finance de proximité.

4. Les éco-banques et le crédit solidaire au Burkina Faso

Présentée lors d’une intervention du public, cette initiative menée au Burkina Faso illustre le potentiel du crédit fondé sur la confiance et la solidarité.

En associant une éducation financière approfondie à un système de caution solidaire, ce modèle a permis à 240 femmes, dont des personnes déplacées internes, d’accéder à un financement. L’initiative affiche un taux de remboursement de 97 % en six mois, mettant en évidence l’importance de l’accompagnement et de l’éducation financière dans la sécurisation des dispositifs de financement.

Les recommandations

1. Renforcer le pilotage institutionnel et fixer des objectifs mesurables

Cibles : gouvernements, collectivités territoriales et pouvoirs publics.

Le développement de l’entrepreneuriat féminin nécessite des politiques publiques permettant d’en suivre précisément les avancées.

Recommandation : définir des objectifs chiffrés, concrets et mesurables afin d’évaluer l’évolution de l’entrepreneuriat féminin. Cette volonté de formalisation doit également s’accompagner d’un renforcement de la représentation des femmes au sein des fonctions publiques et des espaces de décision.

2. Adapter le cadre fiscal et développer les fonds de garantie

Cibles : pouvoirs publics, institutions de microfinance et acteurs du financement.

Le soutien aux structures qui accompagnent les femmes nécessite un environnement financier et fiscal adapté.

Recommandation : développer des avantages fiscaux spécifiques pour les institutions de microfinance et alléger la fiscalité pesant directement sur les femmes entrepreneures. En parallèle, des fonds de garantie dédiés peuvent permettre de sécuriser leurs projets sans exiger de cautions personnelles disproportionnées.

3. Réguler les taux et faciliter l’accès au crédit

Cibles : autorités de régulation, institutions financières et acteurs de la microfinance.

La réduction du coût du crédit constitue un levier important pour favoriser l’accès des femmes au financement. À l’image du modèle français du taux d’usure, les autorités peuvent intervenir sur l’encadrement des taux d’intérêt pratiqués dans la microfinance lorsque ceux-ci constituent un obstacle à la viabilité des activités financées.

Recommandation : renforcer la régulation des taux d’intérêt et moderniser les mécanismes d’évaluation de la solvabilité, notamment en permettant le recours à des données alternatives — historique de paiement ou comportement financier — afin de ne pas dépendre exclusivement des garanties classiques.

4. Sécuriser les parcours et renforcer l’écosystème d’accompagnement

Cibles : pouvoirs publics, collectivités territoriales, structures d’accompagnement et institutions financières.

La formalisation de l’entrepreneuriat féminin doit s’appuyer sur des dispositifs permettant à la fois de sécuriser les activités et de renforcer les capacités des entrepreneures.

Recommandation : développer des outils tels que les registres de garanties mobilières et des programmes d’incubation spécifiques, tout en préservant les dispositifs qui facilitent l’auto-entrepreneuriat. L’enjeu est également de renforcer la relation de confiance entre les institutions et les femmes grâce à un accompagnement sur mesure et plus accessible.

Paroles d’intervenants

« Quand il y a des quotas, on trouve des femmes, quand il n’y en a pas, on trouve des excuses. »

Christine LAGARDE, citation reprise lors de l’intervention de Véronique FAUJOUR, Fondation Grameen Crédit Agricole.

Mots-clés

Inclusion financière · Leadership féminin · Entrepreneuriat féminin · Microfinance · Autonomisation économique des femmes · Femmes entrepreneures · Impact social · Afrique · Sénégal · Burkina Faso · Développement durable · Finance solidaire · Solidarité · Keur Massar · Innovation sociale · Gender Road Map · Transition écologique · Politiques publiques · Investissement à impact · Femmes et Climat · Microcrédit · Accompagnement · Éducation financière · Calebasse de Solidarité · Proximité · Égalité femmes-hommes

Pour aller plus loin

Keur Massar Actu – Weer Bi : https://keurmassaractu.com/weer-bi-juin-sur-les-zones-minieres-du-senegal

Fondation Grameen Crédit Agricole : https://www.gca-foundation.org/

ADIE – Association pour le Droit à l’Initiative Économique : https://www.adie.org/

Oasis Corporate : https://oasiscorporate.org/

NEXCENDA : https://www.nexcenda.com/

Composition du Comité scientifique :

présidé par Timothée Duverger, Docteur en histoire, enseignant à Sciences Po Bordeaux où il dirige la chaire TerrESS.

Chercheurs nationaux

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

Chercheurs internationaux

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Québec – Canada
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC Espagne
  • Cheikh Gueye – Réseau des Think Tanks – Sénégal
  • Marguerite MendellInstitut Karl Polanyi – Québec – Canada – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Sybille Mertens – EMES – Belgique
  • Leandro Morais – Université de Sao Paulo (UNESP) –  Brésil – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Amadou Ndiaye – Réseau francophone de l’ESS Ville de Dakar et Université Amadou-MahtarM’Bow – Sénégal 
  • Sambou Ndiaye –  Université GB de Saint Louis – Sénégal  – Président Comité Scientifique du Dakar GSEF2023 
  • Ilcheong Yi – UNRISD – Suisse

Acteurs nationaux

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier – ESS France
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

Acteurs internationaux

  • Bérénice Alcade Castro – INAES – Mexique – Coprésidente continental GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Côte d’Ivoire – Pôle Jeunesse Afrique GSEF
  • Alain Coheur – ESS Forum International – Belgique
  • Malick Diop – Plateforme des acteurs non-étatiques Sénégal – Coprésident continental GSEF
  • Laurence Kwark – GSEF Advisory Committee – Corée du Sud
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE – Sénégal – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canada – Coprésidente continental GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Québec – Canada –
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – Espagne
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Belgique
  • Denis Stokkink – Consultant – Belgique