Parcours 1

Financer la transition : quels outils pour soutenir l’ESS ?

Table ronde

Financement de l’ESS et résilience au contexte

Modération

  • Denise Fatoumata NDOUR, Fondation Sen’Finance, GSEF Advisory Committee, Sénégal

Intervenants

  • Philippe ADAIME, Fair Trade Lebanon, Liban
  • Judeh JAMAL, DAMAN for SMEs, Palestine
  • Dominique LESAFFRE, GSEF Advisory Committee (représente UBTEC Burkina Faso), France
  • Michel TISSIER, Réseau International d’Économie Humaine (représente la voix des Femmes du Kivu, République démocratique du Congo), France

Cette table ronde a exploré le rôle que peuvent jouer les mécanismes de financement dans des contextes marqués par des crises politiques, économiques, sécuritaires ou écologiques, et leur capacité à soutenir les dynamiques de transition. Les échanges ont notamment mis en évidence les besoins de secteurs comme l’agriculture dans les zones rurales, où l’Économie Sociale et Solidaire peut jouer un rôle important. Pour être efficace, son action doit toutefois s’appuyer sur des formes d’organisation collective et de solidarité adaptées aux réalités locales.

Quatre contextes ont structuré les discussions : la situation instable au Liban, l’occupation en Palestine, l’insécurité persistante dans la région du Sahel, plus particulièrement au Burkina Faso, et la présence de groupes armés en République démocratique du Congo.

Les principaux enseignements

1. La résilience financière face à l’affaiblissement des systèmes traditionnels

Dans des contextes où les systèmes bancaires traditionnels sont fortement fragilisés ou paralysés par des crises politiques majeures, comme au Liban depuis 2019, l’accès à des outils financiers alternatifs — microfinance, aides directes ou mécanismes de financement de proximité — devient essentiel pour maintenir une activité économique locale et soutenir les populations.

2. Le soutien aux populations rurales comme levier de souveraineté

L’accent mis sur les zones agricoles et rurales permet de renforcer l’autonomie économique de populations particulièrement vulnérables. En facilitant l’accès aux marchés malgré l’isolement lié aux conflits, comme en Palestine, ou les difficultés écologiques rencontrées dans la région du Sahel et plus particulièrement au Burkina Faso — sécheresses, inondations —, ces actions contribuent à renforcer la sécurité alimentaire et la stabilité sociale de territoires confrontés à de fortes vulnérabilités.

3. L’Économie Sociale et Solidaire comme outil de résistance en zone de conflit

Dans les régions sous occupation ou confrontées à une forte insécurité, comme en République démocratique du Congo avec la présence du groupe armé M23, l’organisation collective et le financement de proximité ne sont plus seulement des outils de gestion : ils permettent également de préserver des capacités d’action économique et des solidarités locales.

En soutenant particulièrement les femmes et les groupes d’action locale, ces initiatives contribuent à maintenir une organisation économique et sociale malgré la violence et l’instabilité.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. Transparence et export : l’expérience de Fair Trade Lebanon

Au Liban, Fair Trade Lebanon s’appuie notamment sur la transparence et le développement de nouvelles solutions de financement pour faire face à la crise.

  • Transparence : partage avec les producteurs et les collaborateurs des marges, des coûts et des obstacles rencontrés afin de préserver la confiance au sein de l’organisation.

  • Mécanisme de financement : création d’une structure dédiée au financement des petites et moyennes entreprises locales, le National Export Center, afin de débloquer de petits montants et de faciliter l’accès des produits libanais aux marchés internationaux.

2. Des fonds de garantie pour les populations vulnérables : l’expérience de DAMAN

En Palestine, DAMAN for SMEs intervient pour sécuriser l’activité économique dans des zones particulièrement exposées aux tensions.

  • Ciblage inclusif : soutien prioritaire aux agriculteurs dans les zones sensibles et aux femmes en situation de précarité.

  • Levier financier : recours à des fonds de garantie pour favoriser la continuité des activités agricoles et artisanales malgré l’instabilité politique.

3. Digitalisation et agroécologie : l’expérience d’UBTEC au Burkina Faso

UBTEC développe différentes solutions pour maintenir l’accès aux services financiers et soutenir les activités agricoles dans un contexte d’insécurité.

  • Services financiers numériques : dématérialisation des produits financiers afin de servir les populations isolées tout en limitant les déplacements.

  • Mutuelles solidaires de village : développement de mécanismes locaux reposant sur la solidarité communautaire.

  • Régénération agricole : recours à des mécanismes de bonification en faveur de l’agroécologie afin de soutenir la production vivrière dans des zones confrontées à l’aridité.

4. L’épargne villageoise en zone de conflit : l’expérience du Réseau International d’Économie Humaine

En République démocratique du Congo, l’expérience présentée par le Réseau International d’Économie Humaine met en avant le rôle de l’organisation communautaire dans un contexte marqué par la présence de groupes armés.

  • Finance de proximité structurée : mise en place d’associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC).

  • Action décentralisée : mobilisation de réseaux locaux permettant de préserver des capacités d’action là où les structures étatiques ou bancaires classiques sont fortement limitées.

Les recommandations

1. Institutionnaliser la finance solidaire de proximité

Cibles : institutions financières, investisseurs institutionnels et fonds de solidarité internationaux.

En s’appuyant notamment sur les expériences de Fair Trade Lebanon et du Réseau International d’Économie Humaine, les échanges ont souligné l’intérêt de mécanismes financiers davantage décentralisés et adaptés aux territoires.

Recommandation : développer des mécanismes de crédit éthique territorialisé. Plutôt que d’appliquer des règles bancaires uniformes qui peuvent exclure certaines populations, les fonds solidaires pourraient adapter leurs critères de prêt et d’épargne aux réalités socio-économiques locales, à l’image des associations villageoises d’épargne et de crédit en République démocratique du Congo.

2. Ne pas laisser certaines crises devenir invisibles

L’expérience d’UBTEC a notamment mis en évidence les conséquences d’une hiérarchisation des crises, certaines situations, notamment au Sahel, bénéficiant d’une attention internationale plus limitée que d’autres crises davantage médiatisées.

Recommandation : développer une approche de plaidoyer prenant en compte simultanément différents territoires et différentes crises afin de favoriser une plus grande équité dans l’attention et les soutiens mobilisés. L’aide devrait être orientée en fonction des besoins constatés sur le terrain et pas uniquement de leur visibilité dans l’agenda international.

3. Soutenir la résilience à long terme et la reconstruction

L’expérience de DAMAN souligne l’importance de maintenir le soutien aux populations pendant les crises, mais également dans les phases de reconstruction qui leur succèdent.

Recommandation : dépasser une logique exclusivement centrée sur l’aide d’urgence pour renforcer la résilience structurelle. Il s’agit de financer non seulement les besoins immédiats des populations, notamment en Palestine ou en République démocratique du Congo, mais aussi les outils permettant de reconstruire progressivement une vie sociale et économique autonome et pérenne.

Paroles d’intervenants

« On ne serait pas là si on désespérait, on est là justement parce qu’il y a de l’espoir. »

Denise Fatoumata NDOUR, Fondation Sen’Finance, GSEF Advisory Committee, Sénégal

Mots-clés

Solidarité internationale · Fair Trade Lebanon · Liban · Palestine · Sahel · Burkina Faso · République démocratique du Congo · Finance solidaire · Économie humaine · Commerce équitable · Inclusion financière · Agroécologie · Résilience · Digitalisation · Microcrédit · Export · Aide humanitaire · PME · Impact social · Justice économique · Développement durable

Pour aller plus loin

Fair Trade Lebanon : https://fairtradelebanon.org/

DAMAN for SMEs : https://damansme.ps/daman-sme/

UBTEC : https://ubtec-naam.org/

Réseau International d’Économie Humaine : https://www.rieh.org/

Composition du Comité scientifique :

présidé par Timothée Duverger, Docteur en histoire, enseignant à Sciences Po Bordeaux où il dirige la chaire TerrESS.

Chercheurs nationaux

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

Chercheurs internationaux

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Québec – Canada
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC Espagne
  • Cheikh Gueye – Réseau des Think Tanks – Sénégal
  • Marguerite MendellInstitut Karl Polanyi – Québec – Canada – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Sybille Mertens – EMES – Belgique
  • Leandro Morais – Université de Sao Paulo (UNESP) –  Brésil – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Amadou Ndiaye – Réseau francophone de l’ESS Ville de Dakar et Université Amadou-MahtarM’Bow – Sénégal 
  • Sambou Ndiaye –  Université GB de Saint Louis – Sénégal  – Président Comité Scientifique du Dakar GSEF2023 
  • Ilcheong Yi – UNRISD – Suisse

Acteurs nationaux

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier – ESS France
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

Acteurs internationaux

  • Bérénice Alcade Castro – INAES – Mexique – Coprésidente continental GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Côte d’Ivoire – Pôle Jeunesse Afrique GSEF
  • Alain Coheur – ESS Forum International – Belgique
  • Malick Diop – Plateforme des acteurs non-étatiques Sénégal – Coprésident continental GSEF
  • Laurence Kwark – GSEF Advisory Committee – Corée du Sud
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE – Sénégal – membre de l’Advisory committee GSEF
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canada – Coprésidente continental GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Québec – Canada –
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – Espagne
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Belgique
  • Denis Stokkink – Consultant – Belgique