Parcours 7

Inventer un futur désirable : innovation, impact et nouveaux récits

Table ronde

Faire société autrement - ESS, engagement citoyen et luttes pour la reconnaissance

Moderación:

  • Mélanie THUILLIER, Chambre Régionale de l’ESS de Nouvelle-Aquitaine (CRESS Nouvelle-Aquitaine), France

Intervenants :

  • Marion BEN HAMMO, Fondation de France, France
  • Thomas LAGOARDE-SEGOT, KEDGE Business School, EconomiX, SDSN France, France
  • Mireille PELCHAT, Chantier de l’économie sociale, Canada
  • Gustavo WANSIDLER, RIPESS, Argentine

Cette table ronde, intitulée « Faire société autrement – ESS, engagement citoyen et luttes pour la reconnaissance », réunit des acteurs de la philanthropie, de l’enseignement supérieur et des mouvements sociaux, tels que la Fondation de France, KEDGE Business School, EconomiX, SDSN France, le Chantier de l’économie sociale et le RIPESS. Ensemble, ils croisent leurs regards et leurs initiatives pour dresser le bilan d’un secteur en mutation, tout en traçant les contours d’un renouvellement stratégique à long terme.

Entre ambitions de transformation et réalités du terrain, les échanges s’articulent autour de la nécessité de faire coopérer des univers différents, d’adapter la formation des futurs décideurs aux urgences écologiques et de lever les barrières économiques qui freinent l’émancipation des populations les plus vulnérables.

À travers le partage de dispositifs concrets et de recommandations, cette rencontre dessine plusieurs pistes pour renforcer le rôle de l’ESS dans la construction d’un modèle de développement plus juste, inclusif et durable.

Les principaux enseignements

1. Mutation et renouvellement stratégique de l’ESS

L’ESS traverse une phase de mutation dans un contexte politique complexe. Porté notamment par des structures comme la Fondation de France, le secteur voit émerger de nouveaux acteurs et de nouvelles approches.

Ces derniers cherchent à dépasser la seule gestion des crises pour interroger plus largement le modèle de développement actuel. Ce besoin de renouvellement stratégique et de coopération accrue est aujourd’hui au cœur des débats, notamment lors des grands rendez-vous de l’économie sociale.

2. Institutionnalisation et enjeux de financement

Pour soutenir cette transformation, les institutions d’enseignement supérieur et de recherche, telles que KEDGE Business School, EconomiX ou SDSN France, se mobilisent en développant de nouvelles initiatives.

L’enjeu est double : intégrer de nouvelles perspectives écologiques et solidaires directement dans les programmes d’enseignement et répondre à la question du financement. Structurer des modèles économiques viables est indispensable pour pérenniser ces nouveaux enseignements et renforcer les travaux de recherche consacrés à l’ESS.

3. Réalités du terrain et barrières éducatives

Enfin, la table ronde a rappelé les réalités du terrain, particulièrement mises en avant par RIPESS à travers l’expérience des travailleurs de la terre et des coopératives en Amérique latine.

Malgré les efforts déployés en matière d’éducation, un obstacle social majeur persiste : les populations les moins favorisées économiquement rencontrent d’importantes difficultés pour poursuivre leurs études, malgré leur volonté.

Cela met en lumière la nécessité d’articuler l’économie sociale avec les enjeux de justice éducative et d’inclusion.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. La mobilisation des réseaux et la co-construction de visions d’avenir

La transformation de la société passe par une remobilisation des acteurs afin de dépasser les silos traditionnels.

À la suite de la crise du Covid, la Fondation de France a initié la démarche « Inventer demain » afin de faire émerger des coopérations entre des univers professionnels différents autour de thématiques comme l’énergie, le numérique ou le développement local.

Cette initiative se traduit notamment par le soutien à 24 « acteurs clés du changement », sélectionnés pour leur ambition de transformation, leur capacité d’action et leur volonté de faire avec les autres.

Cette logique de concertation à grande échelle fait écho à la méthode employée par le Chantier de l’économie sociale au Québec. En vue de son Sommet, l’organisation a mené en 2023 une vaste tournée régionale à la rencontre de 2 500 personnes.

Ce travail de terrain a permis de structurer des comités sectoriels et des groupes de travail thématiques afin de dessiner une vision stratégique à long terme de l’économie sociale, projetée jusqu’en 2050.

2. L’accompagnement structurel et l’innovation pédagogique

Pour que ces dynamiques se déploient durablement, de nouveaux leviers de financement et de formation sont nécessaires.

Sur le plan financier, la Fondation de France propose aux structures soutenues des financements pluriannuels, non fléchés et évolutifs, accompagnés d’un suivi individualisé visant notamment à renforcer les dynamiques collectives.

Sur le plan académique, KEDGE Business School, EconomiX et SDSN France travaillent à intégrer ces enjeux dans la formation des futurs décideurs. Ils ont notamment lancé un cours pilote de « macroéconomie écologique », labellisé par les Nations Unies.

Touchant 1 000 étudiants en France dès sa première année, cette initiative vise à intégrer les limites écologiques dans l’enseignement des modèles économiques et doit également déboucher sur la rédaction d’un manuel de référence afin de diffuser plus largement ces perspectives.

3. L’action de terrain et le défi de l’accessibilité éducative en Amérique latine

Enfin, RIPESS illustre l’application de ces principes de coopération et de formation face aux réalités du terrain en Amérique latine.

En mobilisant les réseaux de travailleurs de la terre et les représentants des coopératives, le réseau contribue à structurer des circuits courts et des modèles de production solidaires.

Face aux difficultés rencontrées par les populations les moins favorisées économiquement pour poursuivre leurs études, les initiatives présentées s’appuient également sur l’éducation populaire et la formation technique.

L’objectif est de réduire les barrières financières afin que le manque de ressources constitue moins souvent un frein à l’émancipation et à la montée en compétences des communautés agricoles.

Les recommandations

1. Renforcer la reconnaissance des droits sociaux et la co-construction des politiques publiques

Cibles : législateurs, gouvernements, collectivités territoriales et mouvements citoyens.

Les échanges ont souligné l’importance de renforcer la reconnaissance des droits sociaux dans les cadres institutionnels et juridiques.

Recommandation : mieux intégrer les droits sociaux dans les cadres constitutionnels et législatifs et renforcer la participation des mouvements citoyens, des syndicats et des communautés concernées à la construction des politiques publiques.

Cette approche vise à mieux prendre en compte les besoins exprimés par les populations dans les processus de décision.

2. Institutionnaliser et structurer l’écosystème de l’ESS

Cibles : pouvoirs publics, réseaux de l’ESS, organismes de financement, universités et centres de recherche.

Passer d’initiatives isolées à des transformations plus larges nécessite de construire des structures durables et interconnectées.

Recommandation : renforcer, en coopération avec les réseaux de l’ESS, des systèmes et institutions tels que les banques coopératives, les mutuelles de santé ou les circuits courts de distribution.

Les organismes de financement publics et privés peuvent contribuer à orienter davantage de capitaux vers ces structures d’utilité sociale, tandis que les universités et centres de recherche peuvent documenter et analyser ces pratiques afin d’en faciliter la diffusion.

3. Dépasser la performance exclusivement financière et diversifier les indicateurs de réussite

Cibles : entreprises, investisseurs, institutions économiques et pouvoirs publics.

Les échanges invitent à questionner les modèles reposant principalement sur la croissance et la rentabilité financière à court terme, notamment au regard de leurs conséquences sociales et environnementales.

Recommandation : développer des critères d’évaluation intégrant davantage les impacts sociaux et écologiques aux côtés des indicateurs économiques.

À l’échelle des institutions économiques nationales et internationales, cette approche implique également de compléter le PIB par des indicateurs permettant de mieux prendre en compte le bien-être collectif, la situation sociale et la préservation des ressources.

Palabras clave

Économie Sociale et Solidaire · Engagement citoyen · Coopération · Enseignement supérieur · Éducation populaire · Justice sociale · Droits sociaux · Indicateurs d’impact

Pour aller plus loin

Fondation de France : https://www.fondationdefrance.org/fr/

RIPESS : https://www.ripess.org/tag/ripess-lac-2/

EconomiX : https://economix.fr/en

Chantier de l’économie sociale : https://chantier.qc.ca/

Composición del Comité Científico:

presidido por Timothée Duverger, Doctor en Historia y profesor en Sciences Po Bordeaux, donde dirige la cátedra TerrESS.

Investigadores nacionales

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

Investigadores internacionales

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Quebec – Canadá
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC España
  • Cheikh Gueye – Red de Think Tanks – Senegal
  • Marguerite MendellInstituto Karl Polanyi – Quebec (Canadá) miembro del del Advisory Committee del GSEF
  • Sybille Mertens – EMES – Bélgica
  • Leandro Morais Universidad de São Paulo (UNESP) –  Brasil Miembro del Advisory Committee GSEF
  • Amadou Ndiaye – Réseau Francophone de l'ESS Ciudad de Dakar y Université Amadou-MahtarM'Bow – Senegal 
  • Sambou Ndiaye – Universidad GB de Saint Louis – Senegal – Presidente del Comité Científico de Dakar GSEF2023 
  • Ilcheong Yi UNRISD- Suiza

Agentes nacionales

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier ESS Francia
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

Agentes internacionales

  • Bérénice Alcade Castro – INAES - México – Copresidenta continental del GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Costa de Marfil – Polo Juvenil África GSEF
  • Alain Coheur – ESS Forum International – Bélgica
  • Malick Diop – Plataforma de Agentes No Estatales Senegal – Copresidente continental del GSEF
  • Laurence Kwark – Advisory Committee del GSEF – Corea del Sur
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE– Senegal – miembro del Advisory committee del GSEF
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canadá – Copresidenta continental del GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Québec – Canadá
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – España
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Bélgica
  • Denis Stokkink – Asesor – Bélgica