Parcours 5

Développer le pouvoir d’agir : l’autonomie pour tous​

Table ronde

Entrepreneuriat et inclusion des femmes : renforcement des capacités

Moderación:

  • Fatima BELLAREDJ, Confédération Générale des SCOP, Labo de l’ESS, France

Ponentes:

  • Yvette BIZELE KENFACK NZANGO, APADES – Association pour la promotion de l’alphabétisation et du développement social, Cameroun
  • Marion DELATTRE, REC – Le Réseau des Entrepreneurs Citoyens, France
  • Djémilah HASSANI, ESS France Outre-mer, France
  • Nathalie RIOND, HEC Paris, France
  • Tam TRAN, Impact ON, Canada

Cette table ronde a réuni plusieurs intervenantes autour d’un enjeu central : renforcer les capacités et l’inclusion des femmes dans l’entrepreneuriat, malgré les obstacles qui continuent de marquer leurs parcours.

À travers les expériences du Réseau des Entrepreneurs Citoyens (REC), d’ESS France Outre-mer, de HEC Paris et d’Impact ON, les échanges ont abordé différentes dimensions de l’accompagnement : accès au financement, confiance et légitimité, mise en réseau, coopération territoriale et co-construction des solutions.

Ces expériences montrent que l’entrepreneuriat peut constituer un levier d’autonomisation économique, à condition de prendre en compte les obstacles spécifiques rencontrés par les femmes et de leur proposer des dispositifs adaptés à leurs réalités.

Les principaux enseignements

1. L’entrepreneuriat comme levier d’autonomisation économique

L’entrepreneuriat peut permettre aux femmes de renforcer leur autonomie économique et leur capacité d’action. Son potentiel dépend toutefois fortement des conditions dans lesquelles les projets sont développés et de l’accès aux ressources nécessaires.

Financement, accompagnement, formation et réseaux professionnels constituent ainsi des leviers complémentaires pour permettre aux entrepreneuses de développer et de pérenniser leurs activités.

2. Construire des programmes adaptés aux réalités des femmes

Les parcours entrepreneuriaux sont marqués par des contraintes différentes selon les situations personnelles, sociales et territoriales.

Les responsabilités familiales, l’isolement, les difficultés d’accès au financement ou encore le manque de réseaux professionnels peuvent constituer des obstacles supplémentaires.

Les expériences présentées montrent l’intérêt d’un accompagnement sur mesure, combinant notamment coaching, financement, formation et mise en réseau.

3. Renforcer la confiance, la légitimité et le pouvoir d’agir

L’accompagnement ne porte pas uniquement sur les compétences techniques nécessaires à la création et à la gestion d’une entreprise.

Les programmes présentés travaillent également sur le sentiment de légitimité, la confiance dans son projet et le passage à l’action. Ces compétences peuvent renforcer les parcours professionnels des participantes, qu’ils débouchent ou non sur la création d’une entreprise.

L’entrepreneuriat devient ainsi également un outil de renforcement du pouvoir d’agir et de la résilience professionnelle.

4. S’appuyer sur les réseaux et la coopération territoriale

La mise en réseau permet de réduire l’isolement, de faciliter l’accès à l’information, aux financements et aux partenaires, mais aussi de donner davantage de visibilité aux projets portés par les femmes.

Cette dimension est particulièrement importante dans les territoires confrontés à des contraintes géographiques, économiques ou infrastructurelles spécifiques, notamment en Outre-mer.

Les coopérations entre acteurs locaux, réseaux professionnels et partenaires institutionnels permettent alors de construire un environnement plus favorable au développement des projets.

5. Construire les solutions avec les premières concernées

Les échanges ont enfin insisté sur l’importance de partir des besoins exprimés par les femmes elles-mêmes.

La co-construction permet de développer des dispositifs davantage adaptés aux réalités des publics concernés et de valoriser les connaissances et les ressources déjà présentes dans les communautés.

Cette approche constitue notamment l’un des principes mis en avant par Impact ON : agir avec les femmes plutôt que pour elles.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. Sécuriser les parcours des entrepreneuses en période de crise

Marion DELATTRE, du Réseau des Entrepreneurs Citoyens (REC), a présenté les difficultés rencontrées par les femmes entrepreneuses pendant la crise sanitaire, notamment du fait de l’articulation entre gestion de leur entreprise et responsabilités familiales.

Selon les données présentées lors de la table ronde, les entrepreneuses concernées par l’analyse du REC ont connu une baisse de 80 % de leur activité et de 70 % de leur chiffre d’affaires.

Face à cette situation, le REC a développé un programme ciblé, notamment dans les territoires fragiles, afin de sécuriser les parcours entrepreneuriaux. L’accompagnement combine coaching, renforcement de la confiance et mise en réseau.

Les résultats présentés font état d’un taux de pérennité de 80 % des entreprises accompagnées et d’une augmentation moyenne de 30 % de leur chiffre d’affaires.

2. Développer l’entrepreneuriat des femmes à partir des territoires

Djémilah HASSANI, ESS France Outre-mer, a présenté le rôle de la coopération régionale et des dynamiques territoriales dans l’accompagnement des femmes, notamment à travers des dispositifs tels que Cap ESSor et le projet ESSentielles.

Cap ESSor accompagne notamment les porteurs et porteuses de projets depuis l’émergence de l’idée jusqu’à sa concrétisation.

Les échanges ont cependant souligné que l’entrepreneuriat ne peut être considéré indépendamment des conditions dans lesquelles il s’exerce. Les infrastructures disponibles, les spécificités territoriales ou encore la reconnaissance du capital social et culturel influencent directement les possibilités de développement des projets.

La mise en visibilité des entrepreneuses et le développement de partenariats constituent ainsi des dimensions importantes de cet accompagnement.

3. Faire de l’entrepreneuriat un outil d’empowerment

À travers le programme HEC Stand Up, Nathalie RIOND a présenté une approche de l’entrepreneuriat centrée sur l’empowerment des femmes en situation de vulnérabilité.

Ce programme gratuit a déjà accompagné plus de 3 500 femmes. Il repose notamment sur trois dimensions : développer le sentiment de légitimité, révéler les compétences et transformer les idées en actions concrètes.

L’intervention a également insisté sur la nécessité de ne pas essentialiser un supposé « entrepreneuriat féminin ». L’enjeu est plutôt d’identifier les obstacles différenciés auxquels les femmes peuvent être confrontées dans leur parcours entrepreneurial.

Au-delà de la création effective d’une entreprise, le programme cherche ainsi à renforcer durablement les capacités professionnelles et l’accès aux connaissances des participantes.

4. Co-construire les solutions avec les femmes

Au Canada, Impact ON développe une approche fondée sur l’innovation sociale et la participation directe des communautés.

Présentée par Tam TRAN, cette démarche part d’un principe : ne pas concevoir des solutions pour les femmes, mais les construire avec elles.

L’autonomie financière constitue l’un des principaux objectifs, à travers des formations, des outils adaptés et l’accès à des opportunités de financement. La mise en réseau permet également de connecter les participantes à des ressources et à des interlocuteurs auxquels elles n’auraient pas nécessairement accès seules.

Trois facteurs ont notamment été identifiés : une connaissance fine des publics, la capacité à mobiliser les réseaux pertinents et la coopération avec le monde de la recherche.

Les recommandations

1. Renforcer les dispositifs économiques destinés aux entrepreneuses

Cibles : pouvoirs publics, collectivités territoriales et institutions européennes.

Les dispositifs économiques doivent mieux prendre en compte les secteurs dans lesquels les femmes entrepreneuses sont particulièrement présentes ainsi que les contraintes susceptibles de fragiliser leurs activités.

Recommandation : développer des mécanismes de soutien financier adaptés aux réalités des entrepreneuses, notamment en période de crise, et prendre davantage en compte l’articulation entre activité professionnelle et responsabilités familiales.

2. Développer des écosystèmes territoriaux inclusifs

Cibles : collectivités territoriales, acteurs du développement territorial et réseaux de l’ESS.

Les conditions d’entrepreneuriat dépendent fortement de l’environnement économique et social dans lequel les projets se développent.

Recommandation : renforcer les infrastructures, les dispositifs d’accompagnement et les coopérations territoriales, notamment dans les territoires ultramarins et ceux confrontés à des contraintes particulières.

La valorisation des ressources, compétences et réseaux déjà présents localement doit également faire partie de ces stratégies.

3. Développer les programmes renforçant le pouvoir d’agir

Cibles : établissements d’enseignement, organismes de formation et structures d’accompagnement.

Les compétences techniques ne suffisent pas toujours à lever les obstacles rencontrés dans les parcours entrepreneuriaux.

Recommandation : développer des programmes travaillant conjointement sur les compétences, la confiance, le sentiment de légitimité et le passage à l’action, notamment auprès des femmes en situation de vulnérabilité.

4. Faciliter l’accès aux réseaux et aux financements

Cibles : réseaux professionnels, acteurs financiers et structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat.

L’accès aux réseaux professionnels peut jouer un rôle déterminant dans le développement d’une activité.

Recommandation : multiplier les espaces permettant aux entrepreneuses de rencontrer des financeurs, des partenaires et d’autres porteuses de projets, et renforcer leur accès à l’information sur les possibilités de financement.

Paroles d’intervenantes

« En faisant grandir les entrepreneuses, nous faisons grandir leurs communautés. »

Djémilah HASSANI, ESS France Outre-mer, France

« La fragilité du domaine culturel est devenue la puissance du modèle que l’on porte. »

Tam TRAN, Impact ON, Canada

« Impact ON ne fait pas “pour” les femmes, mais “avec” les femmes. »

Tam TRAN, Impact ON, Canada

Palabras clave

Entrepreneuriat des femmes · Autonomisation économique · Accompagnement entrepreneurial · Accès au financement · Mise en réseau · Pouvoir d’agir · Coopération territoriale · Innovation sociale

Pour aller plus loin

Les Scop : https://www.les-scop.coop/

APADESS : https://apadess.org/

REC – Réseau des Entrepreneurs Citoyens : https://www.rec-innovation.org/

ESS France : https://www.ess-france.org/

HEC Paris – Nathalie Riond : https://www.hec.edu/fr/faculty-research/faculty-directory/faculty-member/riond-nathalie

Impact ON : https://impact-on.com/

Composición del Comité Científico:

presidido por Timothée Duverger, Doctor en Historia y profesor en Sciences Po Bordeaux, donde dirige la cátedra TerrESS.

Investigadores nacionales

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

Investigadores internacionales

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Quebec – Canadá
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC España
  • Cheikh Gueye – Red de Think Tanks – Senegal
  • Marguerite MendellInstituto Karl Polanyi – Quebec (Canadá) miembro del del Advisory Committee del GSEF
  • Sybille Mertens – EMES – Bélgica
  • Leandro Morais Universidad de São Paulo (UNESP) –  Brasil Miembro del Advisory Committee GSEF
  • Amadou Ndiaye – Réseau Francophone de l'ESS Ciudad de Dakar y Université Amadou-MahtarM'Bow – Senegal 
  • Sambou Ndiaye – Universidad GB de Saint Louis – Senegal – Presidente del Comité Científico de Dakar GSEF2023 
  • Ilcheong Yi UNRISD- Suiza

Agentes nacionales

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier ESS Francia
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

Agentes internacionales

  • Bérénice Alcade Castro – INAES - México – Copresidenta continental del GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Costa de Marfil – Polo Juvenil África GSEF
  • Alain Coheur – ESS Forum International – Bélgica
  • Malick Diop – Plataforma de Agentes No Estatales Senegal – Copresidente continental del GSEF
  • Laurence Kwark – Advisory Committee del GSEF – Corea del Sur
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE– Senegal – miembro del Advisory committee del GSEF
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canadá – Copresidenta continental del GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Québec – Canadá
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – España
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Bélgica
  • Denis Stokkink – Asesor – Bélgica