Parcours 4
Faire ensemble : coopérations, territoires et action publique
Table ronde
Dynamiques continentales de l’ESS en Asie
Moderación:
- Young KIM, SSEGOV, GSEF Co-Chair, Corée du Sud
Intervenants :
- Rajendra PYAKUREL, NARMIN – National Association of Rural Municipalities in Nepal, Népal (vidéo)
- Benjamin QUINONES, ASEC – Asian Solidarity Economy Council, RIPESS Asia, Philippines
- Lope B. SANTOS III, NAPC – National Anti-Poverty Commission, Philippines
Cette rencontre est l’une des cinq tables rondes consacrées aux dynamiques continentales organisées par le GSEF à l’occasion de BordeauxGSEF2025.
L’Asie occupe une place particulière dans l’histoire du GSEF. Créé en 2013 à l’initiative notamment d’acteurs de Corée du Sud, le réseau a eu son siège à Séoul jusqu’au début de l’année 2022. Dès sa création, il a affirmé le rôle essentiel des gouvernements locaux et de leur coopération avec les acteurs de la société civile dans le développement de l’Économie Sociale et Solidaire.
À partir d’expériences menées au Népal, aux Philippines et plus largement à l’échelle asiatique, cette table ronde a permis d’explorer différentes dynamiques de développement de l’ESS sur le continent. Les échanges ont notamment porté sur le développement rural, la lutte contre la pauvreté, l’économie informelle, le coopérativisme, la participation des communautés et la reconnaissance de l’ESS dans les politiques publiques.
Ils ont également souligné l’importance des réseaux régionaux pour mettre en relation ces expériences et renforcer la place de l’ESS dans les débats économiques et politiques en Asie.
Les principaux enseignements
1. Partir des territoires et renforcer la coopération locale
L’expérience de la National Association of Rural Municipalities in Nepal (NARMIN) met en évidence le rôle que peuvent jouer les gouvernements locaux dans le développement économique des territoires ruraux.
La coopération entre municipalités permet notamment de mutualiser des ressources, de partager des expériences et de développer des projets qu’une collectivité isolée aurait davantage de difficultés à porter seule.
Cette approche cherche à renforcer les capacités économiques des territoires tout en impliquant davantage les populations locales dans la définition de leurs priorités de développement.
2. Structurer collectivement les acteurs de l’économie informelle et les communautés
Aux Philippines, une partie importante des activités économiques et des moyens de subsistance repose sur des travailleurs et producteurs appartenant à l’économie informelle.
Les échanges ont souligné l’intérêt des formes d’organisation collective, notamment des coopératives, pour permettre à ces acteurs de mutualiser leurs ressources, de renforcer leur représentation et d’accéder plus facilement à certains dispositifs économiques et sociaux.
L’expérience de la National Anti-Poverty Commission (NAPC) montre également l’importance d’organiser la représentation des secteurs de base, notamment les agriculteurs, les pêcheurs et les travailleurs de l’économie informelle, afin qu’ils puissent participer au dialogue avec les institutions publiques.
3. Renforcer la reconnaissance de l’ESS dans les politiques publiques
Le développement de l’ESS dépend également de sa prise en compte dans les cadres institutionnels et les politiques publiques.
Aux Philippines comme dans d’autres pays asiatiques, les acteurs de l’ESS cherchent à renforcer le dialogue avec les pouvoirs publics afin que les besoins des coopératives, des petits producteurs et des communautés soient davantage intégrés aux politiques économiques et sociales.
Le plaidoyer constitue ainsi un complément aux initiatives développées sur le terrain : il permet de porter leurs enjeux auprès des décideurs publics et de favoriser la construction de cadres plus favorables à leur développement.
4. Construire des coopérations à l’échelle asiatique
L’Asian Solidarity Economy Council (ASEC) contribue à mettre en réseau les acteurs de l’ESS dans différents pays d’Asie.
Selon les éléments présentés lors de la table ronde, cette dynamique s’étend aujourd’hui à 14 pays. Elle permet de partager des expériences, des connaissances et des pratiques issues de contextes économiques et institutionnels différents.
Ces coopérations régionales peuvent également contribuer à construire des positions communes et à renforcer la visibilité de l’Économie Sociale et Solidaire dans les espaces de dialogue politique à l’échelle asiatique.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Faire entrer l’ESS dans le dialogue politique
L’expérience présentée par ASEC en Malaisie illustre la possibilité de créer des passerelles entre les acteurs de l’ESS et les institutions politiques.
La constitution d’un All-Party Parliamentary Group a permis d’ouvrir un espace de dialogue transpartisan autour de l’Économie Sociale et Solidaire et de sensibiliser des parlementaires à ses enjeux.
Cette expérience montre comment le plaidoyer et le dialogue institutionnel peuvent compléter les initiatives développées par les organisations et les communautés sur le terrain.
2. Organiser la représentation des secteurs de base aux Philippines
La NAPC travaille depuis plusieurs décennies sur les enjeux de pauvreté aux Philippines en associant différentes agences publiques et des représentants des secteurs de base.
Agriculteurs, pêcheurs, travailleurs de l’économie informelle et autres groupes concernés peuvent ainsi participer aux échanges avec les institutions sur les politiques qui affectent directement leurs conditions de vie et leurs activités économiques.
Selon les données évoquées lors de la table ronde, le taux de pauvreté aux Philippines aurait diminué d’environ 15 points sur une période de 25 ans. Cette évolution résulte de multiples facteurs et politiques et ne peut donc être attribuée à la seule action de la NAPC.
3. Soutenir l’autonomie économique des femmes
Les échanges ont également mis en avant des dispositifs consacrés à l’activité économique des femmes, notamment dans les territoires ruraux.
Aux Philippines, des financements peuvent être associés à des actions de formation et d’accompagnement afin de permettre aux femmes de développer leurs activités et d’améliorer leur accès aux marchés.
Ces dispositifs illustrent l’intérêt d’articuler financement, compétences et accompagnement plutôt que de limiter le soutien à l’accès au crédit.
4. Renforcer la coopération entre municipalités rurales
Au Népal, NARMIN rassemble les municipalités rurales et contribue à porter leurs préoccupations auprès des institutions nationales.
La mise en réseau des collectivités permet également de partager des pratiques et de développer des coopérations autour des enjeux de développement économique, de création d’emplois et d’innovation dans les territoires ruraux.
Cette organisation collective peut contribuer à renforcer les capacités d’action de municipalités disposant individuellement de ressources limitées.
Les recommandations
1. Renforcer la participation des communautés aux politiques publiques
Cibles : États, gouvernements locaux, parlementaires et organisations de la société civile.
La reconnaissance de l’ESS suppose que les personnes et organisations directement concernées puissent participer à l’élaboration des politiques publiques.
Recommandation : développer des espaces permanents de dialogue entre institutions publiques, gouvernements locaux, coopératives, organisations de l’ESS et représentants des communautés.
Une attention particulière peut également être portée à l’accessibilité des informations et des dispositifs publics, notamment à travers l’utilisation des langues effectivement parlées dans les territoires concernés.
2. Adapter les financements aux territoires et aux populations les plus vulnérables
Cibles : gouvernements nationaux et locaux, institutions financières et organismes de développement.
Les besoins et les capacités économiques diffèrent fortement entre métropoles et territoires ruraux.
Recommandation : développer des mécanismes de financement adaptés aux réalités territoriales et faciliter l’accès aux ressources pour les petits producteurs, les travailleurs de l’économie informelle, les coopératives et les initiatives économiques portées par des femmes.
Ces financements gagnent à être associés à des dispositifs de formation et d’accompagnement.
3. Renforcer les réseaux et alliances de l’ESS en Asie
Cibles : réseaux de l’ESS, gouvernements locaux, États et organisations régionales.
Les organisations locales peuvent renforcer leurs capacités en partageant leurs expériences et en construisant des coopérations avec d’autres territoires.
Recommandation : soutenir les réseaux nationaux et régionaux de l’ESS, faciliter les échanges entre organisations et gouvernements locaux et renforcer la représentation de l’ESS dans les espaces de dialogue à l’échelle asiatique.
Ces alliances peuvent contribuer à mieux faire connaître les expériences locales et à renforcer leur prise en compte dans les politiques publiques.
Palabras clave
Économie Sociale et Solidaire · Développement rural · Gouvernements locaux · Coopérativisme · Économie informelle · Lutte contre la pauvreté · Plaidoyer · Coopération régionale
Pour aller plus loin
NARMIN – National Association of Rural Municipalities in Nepal : https://narmin.org.np/
NAPC – National Anti-Poverty Commission : https://www.foi.gov.ph/agencies/napc/