Parcours 3
Développer l’emploi décent : travail, démocratie et inclusion
Table ronde
Le potentiel de l’ESS pour garantir un travail décent aux travailleur·ses de l’économie informelle : avancées, défis et opportunités
Moderación:
- Federico PARRA HINOJOSA, WIEGO – Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing, Colombie
Intervenants :
- Hans CEDIEL, RIPESS LAC, Red de Economías Transformadoras Latinoamericanas, Colombie
- Jeannette NYIRAMASENGESHO, SYTRIECI – Syndicat de travailleur·euses de l’économie informelle, Rwanda
- Jaqueline SERRANO ROCHA, WIEGO – Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing, UTEP – Unión de Trabajadores y Trabajadoras de la Economía Popular, Argentine
- Bignon Elvis Espérat TOSSA, MDB – Mutuelle pour le Développement à la Base, Bénin
Cette table ronde a réuni le RIPESS LAC, WIEGO, le SYTRIECI et la MDB autour d’un enjeu commun : renforcer l’organisation des travailleurs de l’économie informelle et de l’économie populaire pour améliorer leurs conditions de travail, leur protection sociale et leur reconnaissance.
Dans de nombreux territoires, ces travailleurs — parmi lesquels les femmes occupent une place importante — exercent leurs activités dans des conditions précaires et restent insuffisamment représentés dans les cadres institutionnels et les politiques publiques.
Les expériences présentées montrent comment l’organisation collective, notamment à travers les coopératives, les syndicats, les groupes d’épargne et les mutuelles, peut contribuer à renforcer leur pouvoir d’agir. L’accès à la protection sociale, à la formation et au financement, mais aussi la capacité des travailleurs à participer directement aux décisions qui les concernent, apparaissent comme des conditions essentielles pour progresser vers un travail décent.
Les principaux enseignements
1. La force du collectif face à la précarité
Les travailleurs de l’économie informelle disposent souvent de ressources limitées et rencontrent des difficultés d’accès à différents mécanismes de protection sociale, notamment en matière de santé ou de couverture des périodes d’inactivité.
Les expériences de SYTRIECI, WIEGO et RIPESS LAC montrent l’importance de l’organisation collective à travers des syndicats, associations, coopératives, mutuelles ou groupes communautaires d’épargne.
Ces structures permettent de mutualiser des ressources, de rompre l’isolement des travailleurs et de renforcer leur capacité de négociation face aux intermédiaires, aux propriétaires des espaces de travail ou aux institutions publiques.
2. Faire reconnaître l’économie populaire et les travailleurs qui la font vivre
Les échanges ont souligné le décalage qui peut exister entre la contribution économique des travailleurs de l’économie informelle et leur reconnaissance dans les politiques publiques.
Les réflexions portées par le RIPESS LAC autour de l’économie populaire, comme les actions menées par WIEGO auprès des travailleurs du secteur du recyclage, visent notamment à rendre visibles ces activités et les personnes qui les exercent.
L’enjeu est de permettre aux organisations de travailleurs de participer davantage à la définition des politiques qui les concernent et de favoriser une meilleure prise en compte de leurs réalités dans les cadres légaux, les politiques de l’emploi et les statistiques publiques.
3. Reconnaître la place centrale des femmes
Les femmes occupent une place majeure dans de nombreux secteurs de l’économie informelle et dans les organisations qui cherchent à transformer les conditions dans lesquelles ces activités sont exercées.
Les expériences du RIPESS LAC et du SYTRIECI ont notamment mis en avant leur rôle dans la création et l’animation d’organisations collectives ainsi que leur participation croissante aux espaces de décision.
Renforcer leur représentation et leur accès aux responsabilités constitue donc un enjeu à la fois économique et social.
4. Relier travail décent, sécurité alimentaire et développement rural
L’expérience de la MDB au Bénin rappelle que les enjeux liés à l’économie informelle concernent également directement les territoires ruraux et les systèmes alimentaires.
À travers son travail autour de productions telles que le manioc, le maïs ou le riz, l’organisation cherche notamment à renforcer les activités économiques des producteurs et leur structuration collective.
Dans ces territoires, l’accès au financement, la structuration en coopératives et le développement de mécanismes de protection sociale peuvent contribuer conjointement à sécuriser les revenus et les conditions de travail.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Faire évoluer l’organisation collective vers une reconnaissance institutionnelle
Plusieurs expériences présentées cherchent à renforcer la reconnaissance des organisations de travailleurs et leur capacité à participer aux politiques publiques.
Le RIPESS LAC porte notamment des propositions autour de l’économie populaire afin que ses principes et les réalités des travailleurs concernés soient davantage intégrés aux stratégies et plans de développement.
Au Bénin, la MDB accompagne quant à elle des producteurs, notamment dans la filière du manioc, dans la structuration et la reconnaissance juridique de leurs organisations.
L’existence d’un cadre juridique peut permettre aux organisations de mieux accéder aux financements, aux dispositifs publics et aux mécanismes de protection sociale.
2. Développer l’éducation financière et les mécanismes collectifs d’épargne
Les organisations de travailleurs développent également leurs propres outils pour renforcer leur autonomie économique.
Le SYTRIECI accompagne notamment des groupes communautaires d’épargne ainsi que des mécanismes mutualistes. La MDB développe de son côté des actions d’éducation financière et d’accompagnement à l’entrepreneuriat social.
Ces dispositifs permettent aux travailleurs de renforcer leurs capacités de gestion, de mutualiser certaines ressources et de réduire leur dépendance vis-à-vis de mécanismes de financement qui ne sont pas toujours adaptés à leurs activités.
3. Renforcer la participation aux décisions et améliorer les conditions de travail
L’organisation collective doit également permettre aux travailleurs de participer directement aux décisions qui affectent leurs conditions de travail.
Les expériences présentées ont notamment évoqué la création d’espaces collectifs de production dans le secteur textile ainsi que les actions conduites pour améliorer la représentation des femmes et des jeunes dans les instances de décision.
Ces démarches associent ainsi amélioration des conditions matérielles de travail et renforcement du pouvoir de représentation des travailleurs.
Les recommandations
1. Reconnaître les travailleurs de l’économie informelle dans les politiques publiques
Cibles : États, collectivités territoriales et institutions internationales.
Les politiques économiques, sociales et de l’emploi doivent davantage tenir compte des réalités des travailleurs de l’économie informelle et des formes d’organisation qu’ils développent.
Recommandation : associer leurs organisations à l’élaboration des politiques publiques, renforcer leur reconnaissance juridique et intégrer davantage l’Économie Sociale et Solidaire et l’économie populaire dans les stratégies nationales de développement.
La protection sociale doit constituer une dimension centrale de ces politiques afin que la structuration des activités économiques s’accompagne d’une amélioration effective des droits et des conditions de travail.
2. Développer des financements adaptés aux activités et aux besoins des travailleurs
Cibles : pouvoirs publics, institutions financières et acteurs de la microfinance.
L’accès au financement reste un obstacle important pour de nombreux travailleurs et organisations de l’économie informelle.
Recommandation : développer des mécanismes de microfinance et de financement permettant notamment d’investir dans de meilleurs équipements et outils de production.
Ces financements doivent s’inscrire dans une démarche plus large d’amélioration des conditions de travail et des revenus, afin que la modernisation des activités bénéficie directement aux travailleurs.
3. Renforcer les liens entre formation, compétences et travail décent
Cibles : pouvoirs publics, systèmes éducatifs et organismes de formation.
La formation constitue un levier essentiel pour sécuriser les parcours professionnels et accompagner le développement des activités.
Recommandation : développer des formations adaptées aux réalités de l’économie informelle, de l’économie populaire et de l’ESS, notamment dans les territoires ruraux et les secteurs fortement concernés par l’informalité.
Ces parcours doivent permettre de renforcer les compétences techniques, entrepreneuriales et collectives des travailleurs et faciliter leur accès à des activités reconnues et exercées dans des conditions décentes.
Palabras clave
Économie informelle · Économie populaire · Travail décent · Protection sociale · Organisation collective · Coopératives · Droits des travailleurs · Microfinance · Leadership des femmes
Pour aller plus loin
RIPESS LAC : https://www.ripess.org/latin-america-caribbean-ripess-lac/?lang=en
SYTRIECI – Syndicat de travailleur·euses de l’économie informelle : https://sytrieci.org.rw/
WIEGO – Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing : https://www.wiego.org/
MDB – Mutuelle pour le Développement à la Base : https://mdbbenin.com/