Parcours 3

Développer l’emploi décent : travail, démocratie et inclusion​

Table ronde

Défis communs, dynamiques solidaires : de la France des mers à la Jamaïque pour relever les enjeux de l’informel

Moderación:

  • Djémilah HASSANI, ESS France Outre-mer, France

Intervenants :

  • Knife KADAMAWE, University of West Indies, Jamaïque
  • Kamal YOUSSOUF, Chambre Régionale de l’ESS de Mayotte (CRESS Mayotte), France
  • Anlaouia ABDOU, Innovation Économique et Sociale à la mairie de Mamoudzou, France

Cette table ronde a exploré la place de l’économie informelle dans les territoires insulaires et ultramarins, à partir d’expériences menées notamment à Mayotte et en Jamaïque. Loin de se limiter à une économie de subsistance, les activités informelles peuvent répondre à des besoins essentiels, créer des revenus et faire émerger des formes de solidarité et d’organisation collective proches de celles de l’Économie Sociale et Solidaire.

À travers les expériences de la Ville de Mamoudzou, de la CRESS Mayotte et de la University of the West Indies, les échanges ont interrogé les conditions permettant d’accompagner ces activités : structuration juridique, accès au financement, formation et reconnaissance des compétences.

L’enjeu est de permettre aux acteurs de l’économie informelle de sécuriser leurs activités et d’accéder à davantage de droits et de ressources, tout en préservant les dynamiques de proximité et de solidarité sur lesquelles elles reposent.

Les principaux enseignements

1. L’économie informelle comme réponse aux besoins des territoires

L’économie informelle ne peut être considérée uniquement sous l’angle de l’absence de cadre juridique. Elle constitue également une réponse concrète à des besoins auxquels les systèmes économiques et les services existants ne répondent pas toujours suffisamment.

À Mamoudzou, par exemple, face au manque de solutions de restauration pour les enfants, des femmes ont développé leurs propres activités de préparation et de vente de repas.

Plus largement, ces activités permettent à différentes populations — notamment des femmes, des personnes immigrées ou des populations quittant les zones rurales pour les villes — de générer des revenus et de développer des formes d’échange et de coopération de proximité.

2. Des pratiques informelles proches des dynamiques de l’ESS

Les échanges ont mis en évidence une frontière parfois ténue entre certaines pratiques de l’économie informelle et celles de l’Économie Sociale et Solidaire.

À Mayotte, de nombreuses activités informelles, souvent portées par des femmes, reposent déjà sur un fort ancrage communautaire et territorial. Certaines organisations de l’ESS trouvent ainsi leurs racines dans des formes de solidarité de proximité avant de se structurer progressivement.

L’enjeu est donc aussi de reconnaître ces dynamiques existantes et de construire des passerelles permettant aux acteurs qui le souhaitent de renforcer et de sécuriser leur organisation.

3. La formalisation : une opportunité qui nécessite un accompagnement

L’enregistrement juridique d’une activité peut permettre d’accéder à de nouveaux financements, à des droits et à une plus grande sécurité. Mais les expériences présentées montrent également que ce processus peut constituer un parcours complexe pour les acteurs concernés.

À Mamoudzou, les démarches publiques visant à encadrer juridiquement certaines activités, notamment la vente de nourriture, peuvent être perçues comme une contrainte administrative supplémentaire lorsqu’elles ne sont pas accompagnées de moyens adaptés.

De nombreux acteurs ne disposent pas nécessairement des capacités techniques, administratives ou financières permettant de formaliser seuls leurs activités. L’accompagnement apparaît donc comme une condition essentielle de la formalisation.

4. Des réalités économiques et sociales qui favorisent l’informalité

Le développement de l’économie informelle doit également être replacé dans son contexte économique et social.

Le chômage, l’illettrisme, la jeunesse de la population ou encore les difficultés d’accès à certains services peuvent limiter l’entrée dans les cadres économiques formels. Dans les territoires insulaires évoqués, la dépendance aux importations et aux financements publics constitue également un enjeu pour le développement d’un tissu économique local plus autonome.

Les réponses doivent donc prendre en compte ces réalités structurelles plutôt que de considérer l’informalité uniquement comme une question de statut juridique.

Des expériences et initiatives inspirantes

1. Accompagner la structuration juridique des activités

À Mamoudzou, la Ville a accompagné la création d’une association permettant de structurer l’activité de femmes préparant et vendant des repas, afin de donner un cadre collectif et juridique à une activité initialement informelle.

En Jamaïque, les travaux présentés autour de la University of the West Indies ont également porté sur les cadres permettant une meilleure prise en compte de l’économie informelle dans les politiques et la législation nationales.

À Mayotte, la CRESS s’appuie notamment sur les données disponibles, dont celles de l’INSEE, pour mieux identifier les acteurs et adapter l’accompagnement et les politiques publiques aux réalités du territoire.

2. Reconnaître les compétences et accompagner la professionnalisation

Le passage vers des activités davantage structurées suppose également de reconnaître et de renforcer les compétences acquises dans l’économie informelle.

La CRESS Mayotte développe des ateliers et des parcours de formation permettant aux participants de faire reconnaître leurs compétences.

La Ville de Mamoudzou a également organisé des formations techniques, notamment autour des normes d’hygiène et des méthodes de préparation des repas, afin de permettre aux vendeuses d’exercer leur activité dans de meilleures conditions.

Des programmes sont également développés dans le secteur agricole. Les échanges ont toutefois souligné que certains d’entre eux attirent aujourd’hui principalement des hommes, posant la question de l’accès des femmes aux différents parcours de formation.

3. Lever les obstacles financiers et matériels

La structuration des activités nécessite également des moyens financiers et matériels.

En Jamaïque, la Development Bank of Jamaica (DBJ) a mobilisé, selon les éléments présentés lors de la table ronde, 18 milliards de dollars jamaïcains sur dix ans pour soutenir les micro, petites et moyennes entreprises et faciliter leur développement.

À Mamoudzou, la Ville met par ailleurs des cuisines professionnelles à disposition des femmes accompagnées, leur permettant de préparer leurs produits dans des conditions adaptées aux exigences sanitaires.

Ces expériences montrent que la formalisation ne repose pas uniquement sur des démarches administratives : elle nécessite également un accès concret aux financements, aux équipements et aux infrastructures.

4. Adapter l’accompagnement aux différents publics

Les expériences présentées montrent enfin que les besoins et les obstacles diffèrent selon les publics.

Les femmes occupent notamment une place importante dans les activités informelles liées à l’alimentation et aux services du quotidien. À l’inverse, certains programmes agricoles évoqués lors de la table ronde attirent principalement des hommes.

Ces différences invitent à adapter les dispositifs de formation, de financement et d’accompagnement afin de permettre à l’ensemble des populations, notamment aux femmes et aux jeunes, d’accéder aux opportunités de structuration économique.

Les recommandations

1. Faciliter la structuration des activités informelles

Cibles : travailleurs de l’économie informelle, structures d’accompagnement et acteurs de l’ESS.

L’enregistrement juridique peut constituer une étape importante pour les personnes qui souhaitent sécuriser et développer leur activité, à condition que les démarches soient accessibles et accompagnées.

Recommandation : proposer des parcours progressifs de structuration et de formalisation, associant accompagnement administratif, formation et accès à des solutions de financement adaptées.

Le développement de programmes de microfinance peut notamment permettre aux personnes exclues du système bancaire traditionnel d’accéder aux ressources nécessaires au développement de leur activité.

2. Adapter les outils financiers aux réalités de l’économie informelle

Cibles : institutions financières, banques de développement et acteurs de la microfinance.

Les critères classiques d’accès au crédit peuvent exclure des personnes disposant d’une activité économique réelle mais ne répondant pas aux exigences habituelles des établissements bancaires.

Recommandation : développer des mécanismes de financement tenant compte des caractéristiques des micro-entreprises et des activités en cours de structuration, afin de faciliter leur accès aux investissements nécessaires à leur développement.

3. Construire des politiques publiques de formalisation accessibles

Cibles : administrations, collectivités territoriales et pouvoirs publics.

La formalisation ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle des travailleurs.

Recommandation : simplifier et accompagner les démarches permettant de donner un cadre juridique aux activités, notamment à travers la création d’associations, de coopératives ou d’autres structures adaptées.

Les pouvoirs publics peuvent également articuler ces démarches avec des formations, un accès aux équipements et des dispositifs financiers afin que le passage vers une activité formalisée permette réellement de renforcer les droits et la sécurité économique des personnes concernées.

Palabras clave

Économie informelle · Économie Sociale et Solidaire · Formalisation · Inclusion financière · Formation professionnelle · Autonomisation économique des femmes · Services publics · Territoires insulaires · Économie de proximité · Emploi des jeunes · Microfinance · Structuration collective

Pour aller plus loin

University of the West Indies : https://www.uwi.edu/

CRESS Mayotte – Chambre Régionale de l’Économie Sociale et Solidaire : https://www.cress-mayotte.org/

Ville de Mamoudzou : https://www.mamoudzou.yt/

Composición del Comité Científico:

presidido por Timothée Duverger, Doctor en Historia y profesor en Sciences Po Bordeaux, donde dirige la cátedra TerrESS.

Investigadores nacionales

  • Eric Bidet – ADDES
  • Eliabetta Bucolo – RIUESS
  • Timothée Duverger – CIRIEC France
  • Marilyne Filippi – RECMA
  • Xabier Itçaina – ScPo Bx
  • Francesca Petrella – EMES
  • Nadine Richez-Battesti – ADDES

Investigadores internacionales

  • Marie Bouchard – CIRIEC International – Quebec – Canadá
  • Rafael Chaves-Avila – CIRIEC España
  • Cheikh Gueye – Red de Think Tanks – Senegal
  • Marguerite MendellInstituto Karl Polanyi – Quebec (Canadá) miembro del del Advisory Committee del GSEF
  • Sybille Mertens – EMES – Bélgica
  • Leandro Morais Universidad de São Paulo (UNESP) –  Brasil Miembro del Advisory Committee GSEF
  • Amadou Ndiaye – Réseau Francophone de l'ESS Ciudad de Dakar y Université Amadou-MahtarM'Bow – Senegal 
  • Sambou Ndiaye – Universidad GB de Saint Louis – Senegal – Presidente del Comité Científico de Dakar GSEF2023 
  • Ilcheong Yi UNRISD- Suiza

Agentes nacionales

  • Alain Arnaud – CIRIEC France
  • Ghislain Brégeot – IFAID
  • Mahel Coppey – RTES
  • Mélissa Gentile – Coop Tiers lieux
  • David Le Norcy
  • Jérôme Saddier ESS Francia
  • Hugues Sibille – Labo de l’ESS
  • Claire Thoury – Le mouvement associatif
  • Mélanie Thuilier – CRESS NA

Agentes internacionales

  • Bérénice Alcade Castro – INAES - México – Copresidenta continental del GSEF
  • Fabrice Adelphe Balou – PoJET – Costa de Marfil – Polo Juvenil África GSEF
  • Alain Coheur – ESS Forum International – Bélgica
  • Malick Diop – Plataforma de Agentes No Estatales Senegal – Copresidente continental del GSEF
  • Laurence Kwark – Advisory Committee del GSEF – Corea del Sur
  • Denise Fatoumata Ndour – INAISE– Senegal – miembro del Advisory committee del GSEF
  • Mireille Pelchat – Chantier de l’ESS du Québec – Canadá – Copresidenta continental del GSEF
  • Yvon Poirier – RIPESS – Québec – Canadá
  • Emilio R. Rabasco – FAMSI/CGLU – España
  • Barbara Sak – CIRIEC International – Bélgica
  • Denis Stokkink – Asesor – Bélgica