Parcours 3
Développer l’emploi décent : travail, démocratie et inclusion
Table ronde
De l’informel au travail décent : l’ESS comme tremplin
Moderación:
- Guillaume WEBER, GSEF, France
Intervenants :
- Zacharie KUEDA, Conférence Panafricaine des Coopératives, Cameroun
- Federico PARRA HINOJOSA, WIEGO – Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing, Colombie
- Jürgen SCHWETTMANN, consultant indépendant – coopération au développement, Allemagne
- Zunogo Caroline WUBDA, ONG ASMADE, Burkina Faso
Cette table ronde a mis en lumière les défis et les opportunités liés à la transition de l’économie informelle vers l’Économie Sociale et Solidaire, notamment en Afrique, à travers les expériences de la Conférence Panafricaine des Coopératives (CPC), du réseau WIEGO et de l’ONG ASMADE.
Alors que l’économie informelle représente une part majeure de l’emploi sur le continent africain et concerne également des milliards de travailleurs dans le monde, les échanges ont permis d’aborder les situations de précarité auxquelles ces travailleurs peuvent être confrontés, mais aussi les nombreuses formes d’organisation collective déjà existantes.
Structuration coopérative, accès aux financements, représentation collective et protection sociale apparaissent ainsi comme différents leviers permettant de renforcer les droits, la dignité et la sécurité économique des travailleurs de l’économie informelle.
Les principaux enseignements
1. L’économie informelle : une réalité majeure du monde du travail
L’économie informelle représente une part considérable de l’emploi, particulièrement sur le continent africain. Le chiffre de 86 % de l’emploi total en Afrique a notamment été évoqué lors de la table ronde. À l’échelle mondiale, près de 2 milliards de personnes travaillent dans l’économie informelle.
Vendeurs ambulants, récupérateurs de matériaux ou travailleuses domestiques font partie des nombreuses catégories concernées. Ces travailleurs peuvent être confrontés à une absence ou à une insuffisance de protection sociale, à une reconnaissance juridique limitée de leur activité et à des difficultés d’accès aux services financiers classiques.
Dans ce contexte, les mécanismes financiers communautaires et les organisations collectives constituent souvent des alternatives permettant de répondre à une partie de leurs besoins.
2. Le modèle coopératif comme levier de structuration
Face à ces situations, l’organisation collective et le modèle coopératif peuvent constituer des leviers permettant aux travailleurs de renforcer leurs activités et leur capacité de représentation.
Active dans 20 pays membres, la Conférence Panafricaine des Coopératives accompagne notamment le développement de l’entrepreneuriat coopératif à travers des outils de formation et des stratégies de développement.
L’objectif est de permettre aux travailleurs de structurer collectivement leurs activités, de mutualiser leurs ressources et de renforcer leur capacité à participer à l’économie dans de meilleures conditions.
3. L’accès aux droits fondamentaux comme condition de la transition
La structuration économique ne peut être dissociée de l’accès aux droits et aux services essentiels.
L’expérience de l’ONG ASMADE, engagée depuis 1994, met notamment en avant l’importance de l’autonomisation des communautés et de l’accès à la santé, à l’eau, à l’électricité et à la protection sociale.
Ces différentes dimensions contribuent à sécuriser le quotidien des travailleurs et à créer des conditions plus favorables à la pérennisation de leurs activités économiques.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Accompagner la structuration des activités économiques
Les expériences présentées montrent comment l’accompagnement collectif peut permettre à des travailleurs de mieux structurer et sécuriser leurs activités.
Au Burkina Faso, ASMADE a notamment présenté l’expérience de six femmes dont les activités étaient initialement exercées dans des conditions très précaires et qui faisaient face à des interventions policières ainsi qu’à la confiscation de leur matériel. Leur accompagnement leur a permis de structurer progressivement leurs activités dans le secteur de l’alimentation.
Plus largement, l’ONG indique avoir accompagné plus de 200 organisations de l’Économie Sociale et Solidaire.
À l’échelle continentale, la Conférence Panafricaine des Coopératives agit également en faveur de l’entrepreneuriat coopératif et accompagne ses membres dans l’élaboration de stratégies de développement.
2. Renforcer la représentation des travailleurs et le plaidoyer
La transformation des conditions de travail suppose également que les travailleurs de l’économie informelle puissent participer aux décisions qui les concernent.
Le réseau WIEGO contribue à structurer et à porter la voix des organisations de travailleurs de l’économie informelle dans différents espaces de dialogue et de plaidoyer internationaux.
Les échanges ont également évoqué une recherche menée entre 2008 et 2021 dans six pays africains — Bénin, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Kenya, Sénégal et Zambie —, selon laquelle trois quarts des personnes interrogées dépendaient de l’économie informelle.
La Conférence Panafricaine des Coopératives mène parallèlement un travail auprès des pouvoirs publics afin de favoriser des cadres plus adaptés, notamment à travers des mécanismes fiscaux susceptibles d’accompagner les acteurs souhaitant se structurer sous forme coopérative.
3. Développer l’accès au financement et à la protection sociale
L’accès aux financements et à la protection sociale constitue un autre enjeu central pour des travailleurs souvent éloignés des dispositifs bancaires et assurantiels classiques.
ASMADE joue notamment un rôle d’intermédiation pour faciliter l’accès au financement et développer des fonds destinés aux structures de l’ESS.
L’organisation a également accompagné la création d’une mutuelle de santé portée par les travailleuses elles-mêmes, afin de leur permettre de mutualiser les risques liés à la santé et de mieux sécuriser leur activité économique.
Ces expériences illustrent la manière dont des mécanismes collectifs peuvent répondre à des besoins immédiats tout en contribuant à renforcer progressivement l’autonomie des travailleurs.
Les recommandations
1. Renforcer les outils propres aux organisations de travailleurs
Cibles : organisations de l’ESS, coopératives et organisations de travailleurs de l’économie informelle.
La structuration collective nécessite des outils adaptés aux réalités des travailleurs et des organisations concernées.
Recommandation : développer des outils de formation, des mécanismes de financement communautaire et des dispositifs de gestion adaptés afin de renforcer l’autonomie et les capacités des organisations.
L’objectif est de permettre aux structures de jouer pleinement leur rôle dans l’accompagnement des travailleurs, sans dépendre exclusivement de financements extérieurs ou de dispositifs financiers peu adaptés à leurs réalités.
2. Changer d’échelle en matière de protection sociale
Cibles : pouvoirs publics, organisations de travailleurs, réseaux de l’ESS et acteurs de la protection sociale.
Les mécanismes communautaires de protection sociale constituent des réponses importantes, mais leur portée reste limitée lorsqu’ils reposent uniquement sur des initiatives locales.
Recommandation : favoriser le développement et le changement d’échelle de mécanismes de protection adaptés aux travailleurs de l’économie informelle, notamment dans les secteurs du commerce de rue, de la récupération des déchets ou du travail domestique.
Les mutuelles de santé et les autres dispositifs collectifs peuvent constituer des outils complémentaires dans la construction de systèmes de protection sociale plus larges.
3. Renforcer l’engagement des pouvoirs publics
Cibles : États, gouvernements et administrations publiques.
La protection sociale et la sécurisation des parcours professionnels ne peuvent reposer uniquement sur les mécanismes de solidarité développés par les travailleurs eux-mêmes.
Recommandation : développer des politiques publiques de protection sociale adaptées aux réalités de l’économie informelle, notamment à travers des mécanismes d’assurance maladie et des outils de garantie facilitant l’accès au financement.
Une meilleure prise en compte des travailleurs de l’économie informelle dans les politiques et les budgets publics constitue également une condition importante pour accompagner leur structuration et renforcer durablement leurs droits.
Paroles d’intervenants
« À l’école, on nous enseigne à être en compétition, mais pas à coopérer. »
Federico PARRA HINOJOSA, WIEGO – Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing, Colombie
Palabras clave
Économie informelle · Économie Sociale et Solidaire · Coopératives · Travail décent · Protection sociale · Autonomisation · Formalisation · Financement · Plaidoyer · Politiques publiques · Inclusion sociale · Organisation collective · Entrepreneuriat coopératif
Pour aller plus loin
WIEGO – Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing : https://www.wiego.org/
ONG ASMADE : https://www.facebook.com/ONGASMADE.Officiel/
ONG ASMADE – Alliance Droits et Santé : https://alliancedroitsetsante.equipop.org/asmade/
Conférence Panafricaine des Coopératives : https://cpc-africoop.org/