Parcours 2
Agir pour la transition écologique : énergie, alimentation, déchets
Table ronde
Coopératives, circuits courts et diversification : renforcer la souveraineté alimentaire locale
Moderación:
- Laurence KWARK, Comité consultatif du GSEF, Corée du Sud
Intervenants :
- Hyungsik EUM, OIT – Organisation internationale du Travail, Belgique
- Rieko NONOYAMA, Union japonaise des coopératives de consommateurs, Japon
- Yvan OUSTALET, Afdi Nouvelle-Aquitaine – Agriculteurs français et développement international, France
- Kiki Damien ZINSOU, RépaB – Réseau des coopératives de producteurs d’ananas du Bénin, Bénin
Dans un contexte de mondialisation des échanges et de dérèglement climatique, la souveraineté alimentaire implique notamment de rééquilibrer les relations entre producteurs et distributeurs. Le modèle coopératif apparaît dans cette perspective comme un levier permettant à de petites exploitations familiales de se structurer collectivement et de renforcer leur poids économique.
Cette table ronde a mis en lumière la manière dont l’intercoopération Nord-Sud, à travers des expériences comme celles de l’Afdi en France, de RépaB au Bénin ou de l’Union japonaise des coopératives de consommateurs au Japon, peut contribuer à sécuriser la production locale, à diversifier les revenus grâce à la transformation sur place et à rapprocher producteurs et consommateurs. Au-delà des techniques agricoles, l’enjeu est de construire des chaînes de valeur responsables dans lesquelles la gouvernance partagée et l’échange de savoir-faire entre pairs favorisent une alimentation durable, ancrée dans les territoires et respectueuse de celles et ceux qui la produisent.
Les principaux enseignements
1. La force du modèle coopératif pour l’emploi et les droits
Comme l’a souligné l’Organisation internationale du Travail (OIT), les coopératives jouent un rôle important dans l’économie mondiale. Au-delà de la mobilisation de ressources, elles contribuent à la création d’emplois et à l’investissement et constituent des espaces permettant de renforcer les droits des travailleurs. Elles offrent ainsi une voie d’insertion économique à des profils et des territoires divers.
2. Une gouvernance et un capital partagés dans la chaîne de valeur
L’Afdi défend une approche dans laquelle l’organisation paysanne n’est plus uniquement un fournisseur, mais devient pleinement partie prenante de la chaîne de valeur.
Cette évolution repose notamment sur une gouvernance partagée et sur la participation au capital des entreprises partenaires, permettant aux producteurs de disposer d’un véritable pouvoir de décision et de favoriser une répartition plus équitable de la valeur créée entre les différents acteurs de la chaîne.
3. L’échange de pair à pair pour accompagner la transition écologique
La coopération Nord-Sud, illustrée par le partenariat entre la coopérative béninoise RépaB et Terre du Sud à travers l’Afdi, repose notamment sur le partage de compétences et de savoir-faire techniques.
Ces échanges entre pairs permettent d’accompagner l’adaptation au changement climatique, notamment autour de la fertilisation des sols ou de la formation d’ingénieurs, grâce à un langage professionnel partagé et à un appui direct au renforcement des capacités locales.
4. Renforcer les liens entre producteurs et consommateurs
Le modèle présenté par l’Union japonaise des coopératives de consommateurs met en évidence l’importance d’une connexion étroite entre producteurs et consommateurs pour accompagner la transition écologique.
En associant notamment des services de livraison, d’assurance et de mutuelle, le modèle coopératif crée un écosystème dans lequel les besoins et les choix des consommateurs peuvent soutenir directement les pratiques durables des producteurs.
Des expériences et initiatives inspirantes
1. Le modèle de « Passerelle Économique Responsable »
Portée par l’Afdi, cette approche repose sur un partenariat entre coopératives du Nord, coopératives du Sud et entreprises de transformation ou de distribution.
L’objectif est de sécuriser le développement économique local en construisant des relations partenariales plus équilibrées. Ce modèle permet notamment aux organisations paysannes du Sud, comme RépaB au Bénin, de devenir co-investisseuses en détenant des parts sociales — 5 % dans l’expérience présentée — au sein des outils de production communs.
2. Transformation locale et souveraineté économique
Le développement d’activités de transformation sur les territoires de production constitue un autre levier pour réduire la dépendance économique et renforcer la capacité des producteurs à accéder aux marchés.
Cette approche s’est concrétisée par l’ouverture d’une usine de transformation au Bénin, portée par RépaB en partenariat avec Terre du Sud. À terme, l’ambition est de permettre aux coopératives locales de gérer leurs propres unités de transformation et de mieux maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, du contrat bio initié dès 2016 jusqu’à la commercialisation.
3. Éducation et déconstruction des préjugés
L’Afdi développe également des programmes d’Éducation à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale (ECSI) dans les lycées agricoles français.
Ces actions visent à ouvrir les futures générations d’agriculteurs aux réalités agricoles internationales, à lutter contre les préjugés et le repli sur soi et à mieux faire connaître l’Économie Sociale et Solidaire comme un modèle économique favorisant la coopération et l’ouverture sur le monde.
4. Adaptation climatique et gestion des ressources
Plusieurs initiatives présentées lors de la table ronde portent directement sur l’adaptation des pratiques agricoles et la sécurisation des ressources :
Techniques agricoles : utilisation de bâches de paillage pour adapter la culture de l’ananas au changement climatique au Bénin et actions de protection de l’eau des rizières dans l’expérience japonaise.
Sécurisation : travail autour du droit foncier et de la mobilisation de ressources financières afin de stabiliser les activités de production.
Ventes groupées : développement du commerce dans la sous-région, notamment avec le Togo et le Burkina Faso, afin de renforcer le poids économique des petits producteurs.
Les recommandations
1. Renforcer l’intercoopération Nord-Sud
Cibles : coopératives, organisations paysannes, entreprises partenaires et acteurs de la coopération internationale.
Les expériences présentées montrent l’intérêt de dépasser une logique reposant uniquement sur l’aide technique pour construire des partenariats économiques de long terme entre organisations du Nord et du Sud.
Recommandation : multiplier les « Passerelles Économiques Responsables » et favoriser des modèles dans lesquels les coopératives du Sud peuvent participer au capital et à la gouvernance des outils économiques communs. Cette intercoopération peut contribuer à renforcer leur pouvoir de négociation dans les chaînes de valeur et à favoriser une répartition plus équitable de la valeur créée.
2. Accélérer la transformation locale des productions
Cibles : autorités publiques, collectivités territoriales, organisations de producteurs et acteurs du financement.
La transformation des produits directement dans les territoires de production constitue un levier pour renforcer l’autonomie économique locale.
Recommandation : soutenir la création d’unités de transformation au plus près des zones de production, à l’image de l’expérience menée au Bénin. Transformer localement permet de réduire la dépendance à l’exportation de produits bruts, de créer des emplois qualifiés et de renforcer la capacité des petits producteurs à accéder aux marchés régionaux.
3. Renforcer l’appui public en matière de foncier et de fiscalité
Cibles : États, collectivités territoriales et autorités publiques.
La sécurisation du foncier constitue une condition importante pour permettre aux agriculteurs et aux coopératives d’investir durablement dans leurs activités.
Recommandation : renforcer l’accompagnement public en faveur de la sécurisation des droits fonciers des agriculteurs et étudier des dispositifs fiscaux favorisant les entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociale et de gouvernance partagée.
4. Former les générations futures grâce à l’ECSI
Cibles : établissements d’enseignement agricole, pouvoirs publics et organisations professionnelles agricoles.
La transmission de ces modèles passe également par la formation des futures générations d’agriculteurs.
Recommandation : renforcer la place de l’Éducation à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale (ECSI) dans les cursus agricoles. Ces démarches peuvent contribuer à déconstruire les préjugés, à favoriser l’ouverture internationale et à préparer les futurs professionnels aux enjeux d’une agriculture plus résiliente face au changement climatique.
Palabras clave
Souveraineté alimentaire · Coopératives · Circuits courts · Agriculture familiale · Diversification agricole · Agroécologie · Transformation locale · Chaîne de valeur · Commerce équitable · Coopération internationale · Intercoopération · Gouvernance partagée · ECSI · Adaptation au changement climatique
Pour aller plus loin
OIT – Organisation internationale du Travail : https://www.ilo.org/fr
Union japonaise des coopératives de consommateurs : https://jccu.coop/eng/
Afdi – Agriculteurs français et développement international : https://www.afdi-opa.org/
Cooperative Sanchoku – Union japonaise des coopératives de consommateurs : https://jccu.coop/eng/public/pdf/coop_sanchoku.pdf
RépaB – Réseau des coopératives de producteurs d’ananas du Bénin (présentation par SOS Faim) : https://www.sosfaim.lu/partenaire/repab/